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Compte Rendu Semaine 4 à Lokoti

Lundi 05/04

Couchée à 4h00, réveil à 6h30 pour un départ vers le camp réfugié de la «carrière» sous l’escorte du Stéphanois qui s’est proposé de m’emmener sous prétexte d’un dépistage actif de malnutrition… Il m’explique qu’il est métisse Bororo/baya par sa mère. Il connaît donc bien le fonctionnement des familles et je sens rapidement que les femmes sont à l’aise avec lui. Il me parle des problèmes de caste et de hiérarchie au sein de ce premier camp qui est très différent de Gazy Foulbé. Nous passons entre les petites cases et je suis frappée des grandes différences d’aspect et d’environnement des concessions. L’organisation du camp est faite par clan ou famille, contrairement à Gazy qui est structuré en village autour de la pompe. Certaines concessions ont des niveaux d’hygiène comparables à celles des concessions baya, beaucoup plus négligées que les bororo habituellement. Le Stéphanois m’explique que c’est une première vague qui est arrivée dans les années 2000, de villages et de milieux différents, certains viennent du Sud du Tchad et parlent clairement l’arabe, mais ils ne se disent que centre-africains… Le programme alimentaire du Pam, sur sa fin ces mois ci, s’adresse aux réfugiés centre-africains. Le Stéphanois me présente la famille d’une jeune maman de 15ans qu’il a dépisté il y a 10 jours au village juste après son accouchement au village et à qui, sous prétexte d’aide alimentaire, il a donné rendez vous au CSI, mais elle n’est pas venue en personne… On vient me montrer une petite fille de petit poids avec une staphylococcie modérée sur tout le corps. Je demande plutôt après la maman et on me désigne finalement une enfant dans l’arrière cour en train de laver du linge… Elle est asthénique et clairement anémiée, malnutrie aussi. Elle concède qu’elle endure des douleurs abdominales et gynécologiques lancinantes depuis 10 jours suite à l’accouchement. Nous insistons lourdement à nouveau pour qu’elle vienne au CSI mais l’homme en bleu de 35/40 ans qui m’avait chaleureusement saluée 2 minutes auparavant, s’écarte discrètement et tourne le dos… Je suis assez inquiète sur l’état de santé de la jeune mère. J’en profite pour demander de voir leurs points d’eau et nous descendons vers un nouveau petit marigot sur les indications des enfants.

Beaucoup de personnes de ce camp se plaignent de douleurs abdominales et de problèmes oculaires. Nous sommes consternés à nouveau devant la salubrité des fontaines… Le point d’eau potable est une petite flaque d’eau semi stagnante avec des signes de pollution par lavage du son de maïs, quand au lavoir c’est une catastrophe. Les eaux stagnantes ont des reflets de pétrole et de vieux savons et un petit puits d’eau de boisson a été aménagé à proximité, avec mélange des eaux uniquement séparées par quelques cailloux… Nous discutons avec les femmes présentes et constatons qu’elles n’ont pas d’activité agricole, les familles dépendent quasi uniquement de l’aide alimentaire du Pam. En leur demandant ce qu’elles feront à l’arrêt de l’aide dans 3 mois, elles répondent que ce n’est pas 3 mois mais 3 ans et qu’elles ont donc le temps de voir. Le Stéphanois leur redit que le mandat du Pam n’est garanti que jusqu’en fin d’année si tout va bien… Perplexité générale et pas de réponse sur leur futur… Je note aussi que je n’ai vu qu’une seule hutte avec une latrine à proximité, qui est en fait une douche sans fosse… Nous rentrons par le Lycée et le Stéphanois qui a un peu travaillé à l’aménagement des fontaines dans Lokoti, me fait découvrir encore deux points d’eau que je ne connaissais pas!

Il me dit que le lavoir principal de Lokoti est particulièrement pollué et que des vers rouges sont présents dans les eaux de lessive du fait du lavage du son de maïs par les femmes dans ces mêmes endroits. Je constate par moi-même ses dires en passant devant le lavoir en aval du point d’eau de la briqueterie. Nouvelle catastrophe écologique et sanitaire! Il me montre ensuite deux petites sources dont une abandonnée, en aval encore, du marécage/lavoir. Il me répète sa théorie de la pollution par le son de maïs. En remontant vers le village la discussion s’engage sur le Sida et les habitudes à Lokoti. Nous passons saluer une jeune fille qu’il suit au CSI dans le cadre de l’aide alimentaire du Pam aux malades chroniques. C’est une lycéenne qui a dû abandonner les cours à cause de la dégradation de son état de santé, elle a dû venir en moto la semaine dernière au CSI car elle n’avait plus la force de marcher… En sortant le Stéphanois m’explique que lors de son arrivée à Lokoti 7ans auparavant, il a lui-même été très sollicité par les femmes du village et que nombreuses sont celles qui se vantent d’être sûres de leur statut sérologique alors qu’en même temps elles affirment qu’«il n’y a jamais eu de caoutchoucdans leurs vagins» pour citer les termes utilisés! Je suis un peu pétrifiée mais les petites conversations que j’ai eu avant avec les jeunes hommes du village et les gars du BIR vont aussi dans ce sens… Il faut que je sonde absolument le côté des jeunes femmesavec lesquelles je n’ai eu que très peu de contact depuis mon arrivée finalement! Les seules jeunes sont la famille de Nicole et donc apparentées au Lamido et je ne suis jamais parvenue a échanger sur ce type de sujet avec elles. Nous gardons de bonnes relations mais, sous couvert d’un programme très chargé, nous nous voyons moins. C’est une bonne évolution qui rend mon travail avec la population plus facile et discret aussi vis à vis du Lamido, car, entre le gardien qui me surveille plus qu’il ne surveille la Maison et Nicole, je me sentais un peu cernée quand certaines discussions sensibles se tenaient dans notre petite Maison!! Je passe toujours rendre compte de mes activités à sa majesté dès que l’occasion se présente et malgré mes quelques remarques acidulées il est toujours bienveillant à mon égard. Je fais de mon mieux pour maintenir la relation de confiance en essayant de faire un peu changer les choses. Il m’est difficile de ne pas me «mouiller» un peu pour impulser une autre dynamique, sans piquer quelques susceptibilités au passage malheureusement. Il nous sera nécessaire de faire avec Pascal un petit break de 2 jours si le programme le permet. Avec la fatigue je me sens moins diplomate et lui se décourage parfois… Je pense profiter de mon trajet incontournable sur N’Gaouderé ou Bertoua pour retirer des sous, pour que nous soufflions un peu.

A 13h après le retour de la «carrière» avec le Stéphanois, Aminou et un jeune du BIR passent par la Maison et nous échangeons un peu sur la soirée de la veille. Pendant ce temps je laisse lâchement Pascal aller remplir un bac d’eau de 50L seul et nettoyer la voiture… A 15h je passe saluer et remercier la famille d’Aminou pour son aide de la veille et m’assurer que cela ne pose pas de soucis. Son père est jeune et il est le chef du quartier voisin de la Maison; il m’assure qu’il n’y a aucun problème et se montre très chaleureux.

Pascal me retrouve sur le chemin pour m’annoncer que la réunion de l’ACLCL aura lieu à 16h à la Chefferie.

Je suis un peu déçue par le manque de préparation et de travail en amont pour cette nouvelle réunion qui me semble pourtant capitale. Quelques personnalités, foulbées principalement, sont là. Pascal laisse le soin au vice-président de démarrer la réunion et nous évitons de justesse que tous les cartons soient à nouveaux sortis au grand public sans décision claire au préalable. Le débat se limite à la gestion des dons. Delphine la présidente des femmes du RDPC, a pu se libérer et a accepté de m’accompagner. Je parle de mes discussions avec les jeunes et tout le monde s’entend pour l’ouverture prochaine d’une bibliothèque publique. Mais une fois encore, le point sensible de la gestion des dons de linge crée des tensions. Il m’a été dit plusieurs fois et par plusieurs personnes que ce serait un point épineux et compliqué à mettre à plat compte tenu des enjeux personnels que ces quelques cartons représentent… Enjeux financiers et politiques, rapports de force…

Je tente de parler de mes discussions avec les femmes à quelques reprises, mais un vieux foulbé qui a pignon sur rue dans la communauté sape rapidement toute mes tentatives par des petites attaques personnelles: les blancs ont donné, il faut maintenant laisser les gens qui connaissent le pays gérer cette question politique et puis je ne suis là que pour informer et prendre des notes, rien d’autre. Autre attaque: si cette affaire est une affaire de femmes, alors remettons toutes les clefs de l’association aux femmes et laissons les gérer toutes seules. Ou encore, comme je ne suis là que pour travailler avec les femmes il faut laisser les hommes gérer les questions politiques… Delphine est aussi un peu prise à partie et il semble très clair que certains hommes ne céderont pas facilement un peu de place aux femmes! Je me débouille tant bien que mal pour esquiver les coups en rappelant qu’il s’agit d’une collaboration franco-camerounaise et que je suis effectivement là pour travailler avec les femmes mais autant qu’avec les hommes. Je rappelle également que même si je ne suis qu’une porte parole des recommandations de l’AFCL quant à la gestion, je reste aussi garante de l’équité de la répartition de ces dons. J’en profite pour lire intégralement cette fois le courrier de Christian adressé à la population après m’être assurée qu’un autre baya que Pascal puisse traduire. Une fois encore la question est épineuse et malgré mes tentatives pour que la traduction soit assurée en foufouldé, la personne me renvoie que ce n’est pas nécessaire puisque ça a déjà été lu le samedi 20 mars… Le bruit de la pluie s’ajoute à ces difficultés de communications et le vieux m’attaque à nouveau en me faisant porter la responsabilité de ce nouvel échec des négociations «linge» puisque l’heure tardive impose à tous d’interrompre les débats. Je me remémore les anecdotes du Dr Takam de la Croix Rouge sur son expérience avec les communautés foulbé et ses recommandations quant à l’attitude à adopter. Il m’avait dit qu’en tant que femme il me serait difficile d’être entendue et respectée dans mon travail par les notables foulbés puisque même les hommes baya sont considérés comme inférieurs. Ne parlons pas des femmes, bonnes pour faire la cuisine et des enfants. Je suis bien consciente que ce travail de fond sur la structuration de l’ACLCL me sera difficile en tant que femme étrangère parlant au nom des femmes de Lokoti… Votre position et vos recommandations sont importantes sur toutes ces questions délicates! J’aimerais pouvoir avancer sur ces différents points mais mes doutes et mes craintes d’erreurs sur ces questions me retiennent souvent. 3 semaines se sont écoulées, je suis à la moitié de mon séjour, j’ai parlé de la gestion de ces dons depuis mes premiers jours mais les cartons sont toujours consignés….L’idée majoritaire qui est ressortie de la discussion des hommes pour le linge est une vente aux enchères un samedi de marché. Je n’ai émis que le doute que ce choix ne permette aux plus démunis de profiter aussi du linge et j’ai demandé quels étaient donc le rôle et la place accordés aux femmes puisqu’ils avaient tous accepté l’idée qu’elles collectent les fonds pour l’association…

A noter que ni le président, ni le Lamido, ni Daoudou n’étaient présents.

Mardi 06/04

Arrivés vers 8h à Meiganga, nous passons directement au district pour confirmer l’heure du RDV avec Dr Saa Fotso. Après le traditionnel passage au cyber puis au bar laitier, nous faisons quelques courses rapides. Nous cherchons un endroit où boire une sucrerie un peu fraîche et retrouvons au maquis le surveillant général du lycée qui partage ses anecdotes sur des étudiants ensorcelés qui ne peuvent donc plus étudier. Pascal et lui adhèrent très sérieusement à certaines croyances sur le maraboutage et la magie; sceptique, j’essaye de proposer des interprétations différentes des faits, mais la croyance est bien ancrée! Ils me confirment que la sorcellerie et certaines pratiques sont punies par le code pénal Camerounais et sont donc officiellement reconnues. Un petit mot aussi sur une journée type d’un camerounais fonctionnaire en brousse, loin d’être exceptionnelle. Nous avons croisé à Lokoti hier matin, Matchacha, le directeur de l’école de Béka. Il est venu en moto pour remettre des rapports semestriels à Meiganga. Entre Lokoti et Baïna sa moto tombe en panne et il la pousse jusqu’à Baïna. Vers 15h après plusieurs heures de réparations il décide de laisser sa moto au village pour finir les réparations et de retourner lui-même vers Lokotià pied (5 km) pour passer la nuit, sans crédit de téléphone et sans budget . Nous le déposons ce matin à Baïna où il récupère sa moto et se remet en route, toujours pour Meiganga. Entre Baïna et Dankale, sa moto retombe en panne en pleine brousse. Il marche à nouveau 7 kms pour arriver à Dankale et faire de nouvelles réparations. A 12h nous recevons un message disant qu’il pousse sa moto jusqu’à Meidougou car les jeunes n’ont rien pu faire pour lui à Dankale. A quelques kms de Meidougou il rencontre deux amis qui s’y connaissent en mécanique et lui réparent finalement la moto pour la deuxième fois! Il nous rejoint au maquis vers 15h et ne pourra pas remettre son rapport aujourd’hui non plus puisque l’administration ferme vers 12h… Il lui aura donc fallu 3 jours pour faire 60km et déposer son travail!

Dr Saa Fotso insiste pour que Pascal soit présent aussi lors de notre entrevue. Je lui reparle du volet formation et de sensibilisation, et il me liste de tête ses principaux besoins en formation pour le District. Il nous explique qu’ils travaillent avec des gros bailleurs: Croix Rouge, OMS, ONG qui financent tous l’intégralité de leurs formations. Je vous joins le listing en annexe, il sera complété par Dr Saa dès qu’il peut… Pour ce qui est du bloc, il nous a dit que si un docteur vient hebdomadairement il y aura forcément un bloc pour la petite chirurgie… Nous échangeons assez longtemps sur la notion de stabilité des structures de santé en périphérie de Lokoti, les méthodes pour ne pas faire un appel d’air sur Lokoti. Il me confirme qu’il y a bien une cellule de coordination des différents acteurs, mais pour des raisons de distance et de temps il est quasi impossible de se réunir régulièrement. Il me dit donc que ce travail de coordination est théorique puisqu’au final chacun des acteurs l’appelle pour l’informer des dates de formation et lui donner les conditions. Après discussions avec Dr Takam de la Croix Rouge et Dr Saa, je pense donc qu’un e-groupe serait peut être le moyen de coordonner et réactiver la cellule. La faisabilité de la connexion internet sur Lokoti par la Camtel est confirmée, si l’ordinateur veut bien se mettre en marche… J’attends juste de faire le point sur les recettes de la soirée de dimanche et de voir l’état de l’ordi du lycée avant de faire venir un technicien. La cellule de coordination ne fonctionnant pas, c’est Dr Saa qui régule plus ou moins ces besoins mais n’ayant pas lui-même le programme des partenaires, il n’est pas en mesure de fournir une planification des formations à venir… Il nous dit qu’on le prévient souvent à la dernière minute pour recruter les participants!

Pour le mode de fonctionnement du District il se résume en équipe de supervision formative et de coordination entre le «terrain» et les administrations de référence. Supervision des CSI, des commandes et de la gestion du CAPR. Les contrôles se font selon les besoins entre 2 fois par semaine à 1 fois tous les deux mois.

Dr Saa suggère également que les fauteuils roulants et autres matériels qui sont en très grand nombre à Lokoti soient peut être un peu répartis dans les autres centres avoisinants pour équilibrer. C’est une idée à laquelle j’adhère car le CSI ne pourra pas utiliser tous les stocks à mon avis. Voilà ce qui ressort de cette entrevue.

Sur le retour je dépose une demande de devis au menuisier de Meidougou, pour essayer de finaliser l’aménagement de la maison.

Dans la soirée, les sœurs d’Ousseni qu’il m’a présentées lors de la soirée de dimanche passent me saluer. Je les invite à midi le lendemain pour regarder les photos de mes voyages à leur demande.

Mercredi 07/04

Pascal part au champ pour planter son maïs et je file vers la maison de Thérèse, ma traductrice auprès des femmes foulbés et membre du «regroupement des femmes de fonctionnaires». Leur petit regroupement comprend une tontine mais aussi un fond de solidarité pour les jeunes accouchées, les mariages ou les décès; de ce que j’ai compris elles organisent aussi quelques fêtes du quartier et des célébrations pour les jours fériés. Elle m’a prévenu le samedi que quelques dames Foulbé sont venues déposer un colis pour moi. Je découvre de très jolies boites en paille colorée typique, des cubes d’ornement, des objets de déco, puis elle m’annonce que le prix varie de 250 à 500 cfa et que les femmes lui ont demandé de lui rapporter la cargaison rapidement si je n’achète pas. Je veux bien réfléchir à un petit projet de vente en France, mais ce qui me dérange une fois encore, c’est que le principe d’implication au sein de l’association n’a pas été compris. Le but n’est pas de monter une cellule d’exportation d’artisanat Foulbé en France, mais on peut partir de cette base pour construire une petite activité? Hors la façon dont on m’a présenté la démarche me résume une vente toute à faite habituelle pour 1 foulbé, sans implication personnelle pour l’association…

Thérèse m’invite aussi à venir planter les arachides dans son champ, je vais essayer si le temps me le permet d’ici la fin de la semaine!

Je passe saluer l’équipe du CSI que je n’ai pas vu depuis plusieurs jours mais ne trouve pas Daoudou pour travailler sur les propositions d’Allison et les budgets.

A midi, Aïssatou et ses sœurs passent discuter. Aïssatou a 18 ans et vient juste de divorcer après un mariage forcé avec un commandant de police de 60 ans. Son père l’avait donné au monsieur à la demande de celui-ci sans qu’Aïssatou ne le connaisse. Le mari l’a retirée de l’école contrairement aux engagements qu’il avait pris envers la jeune fille et sa famille, c’est ce qui lui a finalement permis de rompre le mariage et de plaider sa cause auprès de son papa. Elle a dû elle-même faire les démarches et les voyages pour déposer son dossier de demande de divorce et a obtenu gain de cause après deux mois de mariage à Meiganga. Elle est déscolarisée mais de retour à Lokoti et en train de réviser pour passer le BEPC en candidat libre. Les jeunes filles sont assez à l’aise et discutent aisément de tout. Elles me confirment ce que disent plusieurs jeunes garçons sur l’importance de la prostitution des jeunes filles à Lokoti, sur Meidougou et Meiganga. Elles parlent de leurs rêves d’épouser des blancs et de leur volonté de continuer leurs études, de devenir médecin si elles peuvent. Elles m’apprennent aussi que Halidou le laborantin, ou la personne de garde vendent aussi des préservatifs et que c’est la seule alternative au sourire glacial de Gisèle qui n’encourage guère les plus jeunes à aller lui demander des préservatifs apparemment. Pascal a suggéré de sensibiliser les commerçants pour aussi mettre les préservatifs en vente dans les boutiques pour faciliter l’accès, je vais essayer de voir ce que je peux faire dans ce sens, d’ici la fin du mois, car je pense qu’il y a un besoin d’augmenter l’accès à ces préservatifs auxquels les jeunes semblent plutôt bien sensibilisés dans l’ensemble.

Pascal passe dans la soirée et nous faisons une rapide trame pour la réunion du lendemain. J’avais croisé Aliyou le président plus tôt dans la matinée et il m’a annoncé qu’il serait en brousse demain, il promet de faire de son mieux pour être rentré avant 16 heures. Mon feeling est qu’il fuit toujours et je ne sais pas si nous parviendrons à lui rendre un peu de confiance pour s’investir dans le projet associatif. Dommage car je trouve ses remarques toujours pertinentes et réfléchies, avec un bon sens pour l’intérêt communautaire. On tente… J’insiste à nouveau avec Pascal sur l’importance de se dynamiser, de trouver des solutions de pérennisation pour l’avenir et de donner des preuves d’initiatives concrètes, qui vous seront essentielles pour construire les futurs projets. Il file ensuite rejoindre Daoudou pour refaire le point avec lui. Je le sens un peu fatigué de porter l’association à bout de bras et il a maintenant la préoccupation de bien réussir son champ avec le début des pluies qui semble cette fois sérieux.

Je fais une tentative de confiture de mangues, voir si on pourrait exploiter l’idée…

Jeudi 8 avril 2010

Après notre séance de sport à la pompe avec Aminou, je prépare un peu de pain perdu pour Lene et Rachida que je n’ai pas vues depuis plusieurs jours. Daoudou passe et je lui pose la question concernant le comportement de Gisèle avec les jeunes. Il me confirme les difficultés déjà énoncées par les enfants. Je lui parle aussi de travailler sur la diversification des points de vente dans Lokoti si possible. Je rediscute avec lui du travail d’Allison et aussi de la nécessité de mettre un peu d’ordre dans la gestion et la compta de l’ACLCL. Nous nous donnons rendez vous à la réunion de 16h.

En passant par les ruelles du quartier depuis le marché, nous rejoignons la maison de Lene et Rachida. Elles sont contentes de nous saluer et disent qu’elles passeront le soir. Sur le retour nous sommes interpellés et invités par une enseignante d’école coranique mixte. Nous ré expliquons le projet et les buts de l’association. Aminou qui est maintenant bien sensibilisé à mon travail donne des exemples imagés et traduit mes messages en Foufouldé. Je profite au maximum de ses connaissances linguistiques et du milieu foulbé avant sa rentrée scolaire lundi prochain!

Nous croisons ensuite Aïssatou et ses sœurs devant leur maison avec une grande et jolie américaine. Le frère aîné d’Aïssatou et Ousséni va semble t’il se marier avec Claire, la grande américaine qui est aussi Peace Corps comme Allison mais fait de l’aide au développement dans le domaine commercial et industriel toujours à Meiganga. Je comprends mieux pourquoi dans la famille c’est un rêve pour tous les autres petits frères et sœurs de se marier à des blancs!

Ousséni se cache un peu car il s’est retrouvé mêlé à une bagarre au quartier lundi soir et a un bel œil au beurre noir. Une histoire de mari jaloux qui frappe les autres hommes qui s’approchent de sa femme, cependant Aminou et Ousséni me disent que le monsieur est drogué et qu’il est donc la risée de sa femme et des autres. Je me renseigne sur les drogues qui circulent à Lokoti: chanvre indien, shit et «tramol». Il semble que nombreux sont les chauffeurs de taxi moto qui utilisent le «tramol» comprimés, pour tenir toute la journée sur leur moto. On me parle aussi d’un petit trafic au niveau du lycée, mais aucune pratique de type injectable.

Nous passons voir aussi le seul boutiquier qui vend des préservatifs, mais la porte est fermée. Je demande à Fésal, le «monsieur transfert de crédit de téléphone» qui tient aussi une boutique pourquoi lui n’en vendrait pas! La réponse est moins rassurante: il n’a pas besoin de vendre puisqu’il est abstinent! Il ne veut donc pas encourager les autres à avoir des relations avec les filles! Aminou et un de ses amis me confirment que la petite amie de Fésal est pourtant bien connue au quartier… Ca rejoint l’analyse de Pascal sur la moins bonne adhérence des jeunes garçons foulbé aux messages de prévention et une certaine hypocrisie sur les pratiques.

Par ailleurs l’ami d’Aminou me dit qu’il a été envoyé par son professeur pour renouveler un stock de préservatif pour le Lycée et que Gisèle lui a répondu qu’il n’y en avait plus. Le soir même le professeur passe en personne au CSI et obtient son stock de préservatifs au CSI.

A 16h, Liman de Gazy s’arrête à la maison en me disant qu’il vient spécialement pour la réunion. Nous rejoignons ensemble la chefferie. 16h, mais personne. Je retente un passage par la boutique, toujours fermée. Au retour je retrouve Delphine et Madame Daouadou prêtes pour la réunion. Le Lamido et le président sont là. Nous abordons les questions de conventions pour l’ambulance, la question de l’assurance et les points sur lesquels vous nous avez conseillés. La question des cartons avance un peu, tout le monde s’entend pour une vente sous supervision du vice trésorier. Ce n’est pas encore gagné puisqu’il reste à définir les modalités de la vente, mais les femmes se manifestent à quelques reprises et c’est une chouette surprise pour moi, c’est encourageant. Une réunion se tiendra demain à 15h avec les femmes baya. Les rares personnes présentes à la réunion s’engagent aussi à retrouver tous les documents constitutifs de l’association; il manque entre autre le règlement intérieur. Le dernier article des statuts est formulé de façon très ambiguë et fait écho au règlement intérieur. A voir.

Vendredi 9 avril

Sous prétexte de faire quelques courses en prévision du déjeuner bororo du lendemain, je poursuis mon sondage sur la sensibilisation des boutiquiers à la vente de préservatifs. La boutique que l’on m’avait indiquée est toujours fermée et il semble que le propriétaire soit en voyage. Les autres commerçants semblent réticents et plusieurs me disent que ça ne peut pas marcher car les gens ont honte. La majorité des commerçants sont toutefois foulbés…

La réunion de femmes prévue à 15h se résume à des retrouvailles entre Delphine et moi, aucune autre candidate. Le vice-président m’interpelle à propos du dégât des eaux qui a touché les cartons de livres et de vêtements. Nous passons constater avec Delphine et une fois de plus il saisit l’occasion pour essayer de faire tout sortir afin de partager les dons de façon plus ou moins claire et à contre sens de ce qui avait été décidé la veille en réunion. Il prétend qu’il a été décidé de préparer la vente pour samedi et qu’ils se sont donc réunis pour procéder à la répartition mais que je n’ai pas compris la veille puisque ça a été dit en foufouldé. Je suis à nouveau obligée de hausser le ton et de téléphoner à Pascal parti à Meiganga pour un deuil. Je fais aussi appeler Daoudou et le vice trésorier, officiellement responsable des cartons. Daoudou est absent et Pascal me répond au téléphone qu’il n’est pas non plus informé. Je parviens à dissuader les 4 hommes présents et demandent à ce qu’ils remettent les cartons qu’ils ont sortis, en vain. Delphine et moi nous retrouvons seules à ranger leur désordre. Je passe demander au Lamido qui a observé toute la scène depuis sa terrasse, de me traduire les décisions importantes qui sont prises et de m’informer d’où vient la décision, car la supervision des cartons fais aussi partie de mon travail. Je demande entre autres qui est à l’origine de la vente prévue pour demain et il me répond que c’est lui-même qui a décidé. Je le quitte sur la décision de reporter l’étiquetage du linge au lendemain très tôt. Il me dit qu’il fera appeler Pascal et Daoudou.

Samedi 10 avril

Sans nouvelle de la vente prévue pour le jour même je pars pour la chefferie à 07h30. Personne n’est sur place et je rappelle Pascal pour savoir ce qu’il en est. Il n’a pas été informé et j’en suis finalement rassurée. Je pousse jusqu’au CSI pour voir si Daoudou est là et je lui explique la «réunion» des femmes de la veille qui s’est transformée en nouvelle tentative de partage sauvage. Il me confirme les dires de Pascal selon lesquelles aucune décision n’a été prise en foufouldé concernant une vente le jour même au marché. Je fais donc le point avec lui sur mes observations du mois passé parmi eux et mes analyses. Il ne me semble pas aujourd’hui que l’ACLCL soit en mesure de pouvoir prendre des initiatives autonomes. Malgré mon travail pour structurer les réunions: convocation avec un minimum d’avance, ordre du jour préparé, compte rendu de réunion, régulateur de débat, je n’ai pas pu observer d’améliorations entre la première et la dernière réunion de leur propre initiative. Les réunions restent donc peu efficaces et la question des cartons n’est toujours pas réglée. Selon vos conseils, il semble en effet essentiel de retrouver tous les documents concernant l’ACLCL, de retravailler ce qui est litigieux et ambigu, d’établir des «profils de postes» afin de cadrer un peu les dérives et d’impliquer davantage les «discrets», de tenir à jour les compte rendus de chaque réunion, sur lesquels doivent apparaître très clairement la liste des présents et les décisions adoptées à la majorité, les responsabilités confiées et les délais de mise en œuvre des projets. Par ailleurs je pense qu’il est aussi important d’ouvrir une caisse avec un peu d’argent liquide pour les petits frais de fonctionnement hebdomadaire, avec un livre de comptes rigoureux des entrées et des sorties, tenu par le trésorier. Daoudou est d’accord et il me dit qu’il se charge de convoquer tout le bureau et d’organiser la réunion au plus vite.

Je file préparer le déjeuner pour les 5 hommes de Gazy que nous avons invité… Au menu: omelette de champignons, «soja» (sorte de pois cassés) aux oignons, salade composée (avocats, poivrons, oignons, ail, chou, tomate) vinaigrette au citron, coucous de riz sauce poisson/épinard, couscous de maïs sauce bœuf/tomate, crêpes à la confiture mangues/bananes/gingembre, yaourt et beignets dentelles. A l’africaine, les hommes arrivent à 10 au lieu des 5 prévus, mais comme à la catalane on prépare pour 10 quand il y a 5 invités, c’était juste bon! La salade et l’omelette, les crêpes et le pain sont appréciés car ce sont des plats riches et rares pour eux compte tenu du prix des légumes, des œufs, du lait et du pain.

Ils nous expliquent ensuite qu’ils ont commencé à diversifier leurs activités en arrivant au Cameroun. En Centre Afrique il y avait les éleveurs et les cultivateurs, aujourd’hui à Gazy ils cultivent pendant la saison sèche et partent moins loin en brousse avec les bêtes et inversement en saison des pluies. Ils se sont aussi regroupés afin d’optimiser les travaux: ils se relayent à tour de rôle dans les champs et ils ont regroupé tout le bétail pour être gardé par deux ou trois hommes qui se relayent également. Ils s’entraident beaucoup dans les champs. Selon les besoins des uns et des autres ils se regroupent pour accélérer le travail. Ils ont aussi un champ communautaire instauré par Première Urgence dont les bénéfices sont partagés lors de la récolte. Ils confirment ce que j’ai observé, que les hommes et les femmes travaillent à part égale dans les champs, mais que les femmes s’occupent du foyer quand les hommes s’occupent des bêtes. Ils expliquent que Première Urgence a payé l’inscription à l’école de plusieurs enfants mais qu’ils doivent gérer les frais de scolarité. Les décisions sont prises de façon démocratique en concertation entre les hommes et les femmes, chacun se réunissant en groupe puis mettant les conclusions en commun par des portes paroles. Les femmes occupent aussi des postes à responsabilité dans l’organisation du village et notamment la gestion de la pompe.

La clôture que j’ai pu observer est effectivement un rempart contre le passage des bœufs dans le village, mais ce n’est pas un enclos.

C’était un entretien très intéressant et j’espère que je pourrai mettre quelques idées à profit pour le travail avec l’ACLCL.

Dimanche 11 avril

Nous avions programmé avec Pascal de partir à Laka Petel et de passer voir son champ. Daoudou nous interpelle pour demander à Pascal de convoquer tous les membres du bureau pour la réunion de travail sur le fonctionnement et les documents de l’ACLCL. Nous laissons donc tomber Laka Petel une nouvelle fois.

Ils se rencontrent tous les 3 et discutent longtemps des idées du Président qui s’investit de plus en plus. Ils fixent la date du mardi 13 pour la réunion du bureau. Pendant ce temps je poursuis le travail de sensibilisation sur les IST avec les jeunes et sur l’association avec les femmes et les gens qui m’interpellent.

Le soir Aminou et moi rejoignons Nicole pour une tournée nocturne des bars de Lokoti, histoire de sonder l’ambiance. Je réalise à quel point les jeunes sont nombreux dans le village et discute un peu avec le surveillant général du lycée qui tient aussi le maquis dansant de Lokoti, juste derrière la chefferie. Pas de problème pour lui dans la gestion de ces deux activités, plusieurs me disent qu’il met les élèves à la porte du maquis s’il y a classe le lendemain…

Nous retrouvons Daoudou et Pascal en grande discussion car un «expert» envoyé par une élite serait passé réparer les deux ordinateurs du lycée et du CSI pour respectivement 80000cfa et 30000cfa. Je suis outrée d’entendre pareille chose. Nous rediscutons des circonstances avec Daoudou et j’essaye une fois encore de plaider la rigueur sur la gestion de ces questions: devis, concertations, facture en bonne et due forme… Daoudou est une personne avec laquelle il est très agréable de travailler car il a la volonté de bien faire et accepte volontiers d’être conseillé et guidé. J’espère donc que cette mésaventure va servir à bon escient.

Objectifs Semaine 5

  • Faire le point avec le Lycée, l’école et le CSI sur les Dons
  • Finaliser la question des dons à l’association
  • Finaliser la liste de besoins en formation avec Dr Saa et tenter de récupérer les programmes de la Croix Rouge et voir autres?
  • Constituer un noyau de femmes engagées pour l’association et présenter le projet aux femmes de Gazy pour partager leurs idées, elles qui ont un sens communautaire très développé.
  • Finir le bilan de la soirée dansante au profit de l’association.
  • Trajet sur N’Gaounderé?
reports/cruells/semaine_4.txt · Dernière modification: 2010/09/24 13:40 par xdegaye
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