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Compte Rendu Semaine 3 à Lokoti

Lundi 28/03

Après le ménage et la vaisselle en collaboration avec Pascal et sous l’œil strictement observateur de Nicole depuis son tabouret, nous partons pour la reconnaissance de tous les points d’eau recensés dans le village. Nous mettons en commun nos découvertes et débutons le travail d’analyse et de schématisation de l’alimentation en eau du village. Nous passons aussi par le CSI où Silas me confirme qu’il a suivi une formation pour la ré imprégnation des moustiquaires par le district et que du 2 au 4 il sera en formation avec le PAM pour le suivi de la malnutrition. J’en profite aussi pour compter les cannes et constater que seules 3 sur les 10 sont encore là. Nous mettons Daoudou au courant des soucis mécaniques de l’ambulance: fuites d’huile car joint de carter usé.

Silas m’informe aussi que le Président de l’ACLCL est de retour et voulait m’envoyer chercher. Nous décidons de poursuivre notre inspection avec Pascal.

Nous passons aussi voir si le vieux est disposé à nous faire le récit de la délocalisation de Lokoti mais depuis qu’il a repris des forces, son voisin aveugle nous confirme qu’il est en promenade toute la journée! Nous rentrons nous occuper du lièvre que l’Adjudant m’a gentiment offert. Pascal le dépèce à la camerounaise et je n’avais jamais vu, c’est impressionnant! Nous partons un peu en brousse pour y faire un feu, avec notre lièvre et un couteau. Pascal jette la bête sur la braise et laisse brûler les poils, il retire régulièrement le lièvre pour racler la peau et poursuivre l’épilation. La viande précuit et se fume en même temps, les cartilages se consument et la peau se tanne. Une fois tous les poils disparus, l’abdomen est ouvert et les entrailles vidées, le gibier et ensuite emballé dans un sac de feuilles bien ficelé avant d’être ramené à la maison…

Dans la soirée, Lene une femme Baya mariée à un foulbé nous rend visite avec sa fille Rachida qui parle un français quasi parfait. C’est la première jeune fille foulbé que je rencontre qui peut s’exprimer en français! Elle doit avoir entre 13 et 15 ans et vit avec son mari à Bertoua, elle a pu aller à l’école jusqu’en quatrième dit-elle. Nous les avions rencontrés dans leur quartier sur le haut du village avec Julia la semaine dernière. Elles nous disent être passées chez Monsieur Gabon pour une réunion avec moi, elles étaient une trentaine mais on leur a dit de plutôt revenir le lendemain, mardi… Je ne suis une fois de plus pas au courant mais je m’engage à venir pour 14h le lendemain. Lene promet que Rachida sera là pour traduire ainsi que sa plus jeune fille.

Après cette rencontre, le président de l’ACLCL, Aliyou et Silas se présentent à la maison, je suis très contente de cette démarche volontaire. La discussion est intéressante et il s’excuse pour son absence liée aux affaires. Nous discutons du travail engagé depuis le départ de Pascal pour la sortie du container et de la préparation à faire pour la prochaine réunion qui doit se tenir dans la semaine. C’est un nouveau souffle car il apporte un soutien supplémentaire et un point de vue complémentaire au nôtre avec Pascal. Dr Saa Fotso appelle pour annuler le rendez-vous de mercredi car il craint fort de ne pas pouvoir être rentré à temps

. Il est actuellement sur Yaoundé pour le travail et les problèmes liés au train sont toujours présents. J’appelle par contre Allison pour confirmer notre rencontre et la séance de travail sur les contenus de ses sensibilisations.

Gilbert téléphone aussi toujours très régulièrement pour prendre des nouvelles et s’assurer que je vais passer par Laka Petel, le village de leurs papas avec Pascal.

Mardi 30/03

Départ pour la pompe à 7h, nous en profitons pour voir la troisième pompe, à main celle-ci, et dont la qualité de l’eau semble la plus jolie des 3 forages. Nous passons ensuite discuter de l’histoire de Lokoti avec notre vieux. Je les filme pendant le récit mais il y a eu un décès dans le quartier durant la nuit alors il est un peu difficile d’éviter les pleurs et l’agitation de fond… C’est un jeune policier qui est mort dans la nuit de suite de maladie, tout le village est un peu choqué car ce n’était pas attendu. Nous passons ensuite devant la porte du menuisier toujours fermée et arrivons au CSI. Nous parlons du projet de la fête de Pâques à Daoudou qui est une occasion de collecter des fonds pour l’ACLCL. Il est d’accord sur le principe mais quand je le questionne sur l’avance des frais il me dit juste que l’autre signataire du compte est absent et qu’il ne peut donc rien faire. Je pose la question du remboursement des frais mécaniques si j’avance les réparations aussi, même problème, pas de solution ni de réponse ni de suggestion. Je suis un peu déçue pour être honnête, par le manque d’initiative générale malgré nos efforts pour ménager les uns et les autres. Nous passons confirmer le RDV avec les femmes pour 14h chez Monsieur Gabon et passons chez Aliyou, le président de l’association camerounaise. Il est moins jovial que la veille et commence à nous expliquer que si les choses ne changent pas, les foulbés seront nombreux à se retirer de l’Association, lui en tête. Les collectes et la gestion des fonds peu démocratiques choquent la communauté. Ils craignent d’être exposés à une forme de représailles ou à des conflits s’ils s’opposent ou manifestent leur désaccord vis-à-vis de ce type d’actions, ils préféreront donc se retirer de l’ACLCL discrètement. Nous essayons de discuter du problème, de trouver des solutions diplomates et d’encourager le président à garder son poste. Il nous offre 2 ananas et nous rentrons à la maison un peu dépités. Après une omelette aux champignons et les premières mangues, j’abandonne Pascal et file au RDV.

Une fois encore pas de traductrice malgré mes précautions, c’est donc à nouveau Thérèse que l’on envoie chercher… Je ré explique l’idée de participer à la collecte de fond afin de légitimer leur parole auprès des hommes de l’association et créer la cellule féminine. Le principe est grandement approuvé mais très vite elles évoquent leurs problèmes sociaux… Du coup leurs idées de participation tournent à l’idée d’être financées dans leurs propres activités pour qu’ensuite elles participent à soutenir l’association; elles suggèrent entre autre le financement de machines à écraser et de machines à coudre pour leur artisanat…Elles ne font pas de suggestion particulière quand à mes deux questions concernant les dons de linge et ceux de livres… Nous nous quittons sur ces idées et je m’arrête acheter des mains à la viande chez Thérèse. Nous discutons un moment de ses 10 enfants dont le dernier, Mathieu qui a 4 ans… Elle travaille aussi au champ et essaye de faire des petits commerces car le salaire d’Aide Soignant de son mari Haldou ne suffit pas pour tous les nourrir. Les femmes Foulbé qui sortent peu à peu de la maison Gabon s’arrêtent les une après les autres chez Thérèse et finalement nous sommes à nouveau une trentaine et Thérèse traduit encore mes blagues françaises en foufouldé. Je rentre vers la maison et fais un détour par chez Julia qui vient de rentrer d’un long week-end vers Garoua Boulaï. Je lui parle de notre petit accord avec Silas à propos du soutien pour les deux vieux. Silas peut leur donner de la farine du PAM, maintenant il faut convenir et s’arranger entre familles. Elle a l’air de vouloir me parler plus en privé mais ce n’est pas le bon endroit. Elle me dit aussi que l’argent que j’ai donné pour les vieux est déjà fini. Je calcule rapidement que cela revient à 500cfa /jour et par vieux pour un repas/jour alors qu’au marché une grosse assiette dans un restaurant est à 400… A la maison m’attendent à mon arrivée trois femmes que j’ai rencontré plus tôt chez Monsieur Gabon. Mes notions de foufouldé (bonjour, merci, au revoir) m’obligent à appeler Pascal parti au foot. Elles expliquent qu’elles ont compris que l’association était là pour aider les femmes et elles souhaitent donc savoir si on peut les soutenir pour avoir des machines à coudre et à écraser… Raté! Mon message est mal passé avec les dames Foulbé! Pascal leur ré explique et elles remballent donc les petits modèles qu’elles avaient emmené pour me convaincre. Elles demandent aussi à emporter les biscuits et la bouteille d’eau que j’avais déposé sur la natte devant nous… Je suis un peu perplexe par le peu d’échanges à double sens malgré ma troisième rencontre avec ces femmes Foulbé. Il est clair que le niveau de vie de ces dernières visiteuses n’est pas élevé, et encore une fois il est difficile de faire appel à leur sens communautaire quand chacune est avant tout préoccupée par ses propres soucis et ses propres besoins… Je garde espoir peut être que ce soit plus facile avec la communauté Vohabé.

Pascal repasse le soir et on s’entend pour organiser la petite soirée au profit de l’association à nous deux, avec ce qui reste de mes indemnités, pour montrer l’exemple…

Mercredi 31/03

Nous prenons la route pour Meiganga à 6h45 et rencontrons Allison dés notre arrivée. Après une heure de discussion, je pense que son travail peut être intéressant pour le CSI et lui propose de programmer une première intervention courant avril. Elle reconnaît qu’elle n’a pas beaucoup de temps le mois prochain, mais elle devrait pouvoir venir avant mon départ. Ses messages semblent simples et adaptés en général, elle a un très bon sens pédagogique et son travail semble bien structuré. Le seul bémol est que je n’ai pas vu de support écrit détaillé de ses contenus. Elle me dit que tout est plus ou moins manuscrit. Je lui ai posé plusieurs questions précises et je n’ai rien a redire, elle travaille toujours également en collaboration avec un professionnel local ce qui diminue le risque aussi de messages décalés. Je vais donc travailler à l’élaboration d’un petit programme pour elle, en accord avec Daoudou et vous.

Nous faisons ensuite réparer la voiture pour 10000 cfa et filons à internet… L’envoi de photos est particulièrement pénible à 1 minute ou plus pour chaque photo et apparemment le cyber n’est pas bien protégé contre les virus! J’espère donc ne pas vous avoir envoyé trop de virus… Je retrouve le Dr Takam de la Croix Rouge et un de ses collègues chargés de la vaccination au cyber. Il me confirme que Dr Assouguena ne sera joignable qu’après le 6 mai, à son retour de la formation sur la malnutrition à Garoua Boulaï à laquelle participe Silas, l’infirmier de Lokoti.

Après un bol de yaourt nous faisons les courses pour la semaine et passons à la cave pour la soirée de dimanche. Nous prenons un peu de thé, de sucre, des noix de cola et un paquet de bonbons pour les gens de Gazy qui vont m’accueillir. Je rencontre la maman de Pascal pour la première fois, rapidement devant chez eux et nous rentrons à Lokoti.

Jeudi 1er avril

Je pars à pied rapidement pour Gazy Foulbé vers 8heures après le passage de Lene et de sa fille Rachida qui n’ayant pas bien compris ce qui s’était dit à la réunion des femmes foulbé de la veille sont elles aussi passées discuter. Après que Pascal ait éclairci mes démarches nous dégustons la bouillie de maïs blanc qu’elle nous a apporté. Je laisse ensuite Pascal préparer le terrain pour la fête de Pâques au profit de l’association. J’arrive au village vers 9h, attendu par «Liman» qui a déjà appelé Pascal pour s’assurer que je venais bien. Je réussis une petite approche grâce à la caméra de Christian sur laquelle je leur montre le film que Pascal a fait de leurs danses traditionnelles le samedi de l’inauguration. Je suis un peu inquiète sur la réaction quand je demande à Liman si je peux prendre des photos et filmer, mais la réponse et très encourageante et enthousiaste! Ils sont apparemment très fiers et tous heureux de se laisser prendre en photo et de voir leur film aussitôt la scène dans la boite. La technique me met vite dans le bain et les femmes et les enfants me font faire tout le tour du village pour me montrer leur maison et leur famille. Les hommes se mettent en scène avec les bœufs et les moutons, j’abandonne mon sac sous un arbre et me laisse guider par leurs sourires et leur enthousiasme. Rapidement ma situation s’améliore quand un petit voisin du village, de la première vague de réfugiés, lui-même né au Cameroun il y a 11 ans et qui parle un peu les trois langues, vient à ma rescousse. Amadou me présente dans la foulée «Barbarail» un enfant du même âge qui va à l’école de Laka Petel avec lui. Ils ne sont que 3 petits Bororo de Gazy «Foulbé» à partir avec les 3 autres garçonnets de Gazy «Baya» pour l’école, à 4 kilomètres, à pied bien sûr. Les garçons m’accompagnent jusqu’au petit ruisseau où toute la communauté venait se ravitailler en eau avant la construction de la pompe par le HCR et Première Urgence. C’est une catastrophe: les bœufs, les moustiques, la couleur et l’odeur de l’eau… Les enfants viennent encore y laver le linge parfois ou se rincer. Ils sont tous pieds nus à travers les arbustes et les épineux, contrairement aux enfants de Lokoti que j’ai majoritairement vu chaussés, ce qui m’avait d’ailleurs positivement étonnée. C’est une rencontre absolument magique pour moi d’être au milieu de toutes ces petites voix chantantes et gaies, c’est une ribanbelle de dix ou douze garçons et filles qui m’accompagnent partout, je suis aux anges! Sur le retour Amadou et Barbarail me montrent un site aurifère ou travaille une femme de Lokoti que j’ai déjà vu quelque part sans me rappeler où. Elle, deux vieillards et ses deux fillettes ont aménagé 4 bassins et passent toute la boue au tamis, en amont du site où les petits foulbés vont laver leur linge… Sans commentaire. Le travail a l’air rude et les deux vieux se sont assis à l’ombre pendant que la femme poursuit avec les enfants. A notre arrivée, les vieillards s’approchent du bord de notre rive et partagent toutes leurs arachides avec les petits foulbés, ce sont de très beaux moments d’humanité et de solidarité. Je suis ressourcée par tant de simplicité après une semaine diplomatique difficile. La femme m’explique qu’elle trouve un peu d’or et vient ici après s’être occupée de son champ qui est dans les environs. Nous remontons vers le village avec mon escorte de 3 à 11ans. A mon arrivée, Liman a fait tuer un coq et sa maman l’a préparé pour moi avec un couscous de maïs jaune tout droit sorti des sacs de farine du Pam. Même en brousse on n’échappe pas à la bouffe américaine, le comble! Je suis un peu gênée car on m’installe seule dans la jolie hutte de la maman pour manger un plat énorme. La jeune Salmata me montre un peu comment faire car sans modèle à copier mais avec spectateurs je suis assez exposée aux maladresses interculturelles et j’ai peur de la gaffe! Finalement de ce qu’elle me montre, c’est semblable à la méthode «tchadienne» alors je déguste le coq sous l’œil attentif de la moitié des femmes et enfants du village. La vielle maman est déçue que je ne termine pas le demi-saladier de couscous qu’elle m’a préparé pour moi seule, mais je parviens à lui faire comprendre, avec l’aide d’Amadou, que je n’ai pas d’appétit si je mange seule et que c’est mieux si on partage… Elle décide donc de me garder mon plat pour après.

Deux voisins baya de Gazy, Dankaïa et Papa Docta, plus ou moins tous les deux de la famille de Pascal, viennent me saluer et m’aident à passer les troupeaux en revue. Aliyou, un grand Vohabé qui parle un peu de français me prouve combien ses boeufs sont paisibles en laissant un petit enfourcher le taureau du troupeau, je fais de même et suis définitivement acceptée par le village! Liman sceptique me demande si je rentre à Lokoti et je lui réponds avec les mains que je serais bien avec eux cette nuit. 15 minutes plus tard, les hommes viennent me saluer pour m’informer qu’ils partent à Lokoti. Je reste seule avec les femmes et les enfants à observer la construction des nouvelles maisons, le séchage des champignons qu’Aliyou s’est empressé de me donner en constatant mon intérêt, les allers-retours à la pompe et la cuisine des femmes… Je ne parviens pas clairement à comprendre leur rythme de vie car ma présence perturbe totalement les habitudes, mais je note au moins deux repas par jour et les préparation d’écorces et de feuillages intermédiaires pour le bain des jeunes accouchées et des nouveau-nés. De ce que je comprends ce n’est que pour le bain! Invitée à visiter le reste du village par Dankaïa, Amadou me conduit à 300 mètres, chez les «baya». Dankaïa me fait une visite guidée détaillée de chaque foyer. Nous saluons la femme du chef baya en train de cuisiner des ignames sauvages et de la viande de brousse séchée avec la pâte d’arachide qu’elle est en train d’écraser sur un mortier en pierre. C’est la première fois au Cameroun que j’en vois un, je n’avais vu que des pilons en bois… Nous retournons ensuite du côté Foulbé. Plusieurs poids lourds s’arrêtent tout au long de la journée pour remplir leurs bidons à la fontaine de Gazy, l’eau y est fraîche et les habitants bienveillants. Les chauffeurs m’interpellent à plusieurs reprises, curieux de voir une nassara errer dans le village avec sa cohorte d’enfants. Ils montent vers Garoua ou Kousseri chargés de bois qui n’existe pas au «Nord» et redescendent avec des cargaisons d’oignons vers Douala. Les enfants me donnent mon premier cours de foufouldé que je consigne soigneusement dans un cahier à 50cfa. Il est déjà 16h30 quand nous voyons un matelas revenir sur une moto, j’ai le mauvais pressentiment qui se confirme peu à peu que ma présence bouscule tout le village. Liman expliquera plus tard à Pascal qu’aucun d’eux n’avaient vraiment cru que je resterai pour la nuit comme convenu. En 20 minutes Liman aménage la maison en terre qu’il vient à peine de terminer pour lui-même. Il découpe de grands sacs du Pam pour couvrir le sol et fait installer le matelas avec des draps et une bougie, de même qu’une théière en plastique, neuve, un rideau mis devant la porte et même une porte est rapidement faite! Les huttes Vohabé n’ont ni rideaux, ni porte, juste une petite entrée basse et étroite.Un plateau avec du pain, du café, le poulet, du riz, des haricots, du riz et des pâtes sont déposés pour moi à l’intérieur. Tout ça représente une petite fortune pour eux et j’en suis profondément émue. Je retrouve l’hospitalité musulmane des nomades kazakhes et Kirghiz des grandes plaines d’Asie centrale qui partagent tout ce qu’ils possèdent avec les étrangers rencontrés le long de leurs routes. Liman lave et remplit lui-même un seau d’eau fraiche pour ma douche que je savoure dans une grande salle de bain en paille et en plein air. J’arrive à convaincre les enfants de partager le festin que tout le village m’a préparé. Ils m’expliquent que normalement les femmes et les enfants ne mangent pas ensembles et que les hommes mangent toujours entre eux. Ils me parlent de café et de bouillie vers 10h, de couscous vers 12h, puis du dernier repas vers 20H à la nuit. Je suis ensuite invitée à aller danser avec les femmes et elles m’apprennent à chanter un peu… C’est vraiment génial. On regarde la K7 du samedi une bonne douzaine de fois sur la petite caméra de Christian et il est 22h quand j’apprends à dire« bonne nuit, à demain»:« ii adana, sayjohong», je profite de ma hutte de luxe et de la tranquillité de la brousse, c’est ma meilleure nuit de sommeil depuis 3 semaines!

Vendredi 02/04

Je me réveille vers 6 heures au doux bruit de femmes qui balayent leurs cours. Les enfants sont vite là pour m’aider et m’accompagner pour cette nouvelle journée. Ils me parlent de leur rythme pendant la période scolaire: debout à 5h, départ à pied à 6h, début des cours à 7h, retour à la maison vers 15h. Ils mangent le matin avant de partir puis au retour. On croise ensuite de jeunes hommes en train d’écouter de la musique sur un poste radio, ils acceptent de se faire filmer avec la peau de chèvre qu’ils ont sorti pour la tanner au soleil. Amadou me dit que c’est de la musique Foulbé typique et que je peux acheter des K7 même à Lokoti.

Nous faisons le tour du champ de manioc et du futur champ de maïs, du champ communautaire initié par Première Urgence et qui marche bien dans ce village. Les enfants me montrent ensuite un début de clôture sensée limiter le passage des bœufs mais ils confirment que les bêtes saccagent souvent tout en traversant intempestivement. Les villageois viennent tous me saluer les uns après les autres avec des oeufs, des haricots, de la farine de manioc, du riz… Je ne sais pas comment les remercier. Le petit Amadou me présente ensuite sa famille, un père âgé et ses deux femmes. La maman vient me saluer chaleureusement et m’offre une pleine bassine d’avocats. Dankaïa est là aussi et taquine Amadou car il m’emmène partout. La maman plaisante et accepte que je sois sa belle fille! Je réponds que je vais juste attendre qu’il finisse l’école avant le mariage car s’il continue d’être aussi sérieux et studieux, il a ses chances pour être ministre!

Je ne parviens pas à comprendre non plus le rythme de sortie du bétail, il faudra que je redemande à Pascal de me détailler tout ça. Aliyou vient me dire au revoir car il part pour Meidougou et Liman m’annonce aussi son départ pour Lokoti. Je n’ai pas de mots pour leur dire merci et mon petit colis de sucre, de thé, de noix de colas et de bonbons est plus que modeste devant tous leurs sacrifices…

Nous observons avec les enfants les finissions de la hutte débutée hier sur le bas du village avec l’aide d’un voisin baya. Ils me disent que normalement ce sont plutôt les femmes qui construisent les maisons ici.

Les enfants me forcent encore à prendre un plat de riz, à vider un demi-thermos de thé au lait préparé par Liman avant son départ et à grignoter deux pains complets!

Je traîne un peu pour rentrer car l’atmosphère du village est vraiment apaisante et les réfugiés sont plus qu’attachants. Deux jeunes Foulbé de Lokoti: 13 et 14 ans sont de passage par Gazy à leur retour du champ et nous faisons donc la route ensemble vers Lokoti, nous laissons mon petit Amadou chez sa maman au passage, croisons une famille revenant du CSI car l’enfant est fiévreux et couvert comme un oignon. Je vide ma précieuse bouteille d’eau de Gazy sur ses vêtements et donne quelques conseils aux parents demandeurs et reprends mon chemin jusqu’à la hutte d’une femme qui a accouché 36h auparavant. On me demande aussi de donner mon avis sur le nouveau-né et du sirop pour donner des forces au bébé. Je me retrouve finalement à faire une séance de sensibilisation sur les bienfaits de l’allaitement maternel précoce et les dangers de l’introduction de l’eau pour les nourrissons de moins de 4 mois. La maman a perdu 2 enfants sur 4 en bas âge et les enfants me traduisent que c’est seulement ce matin qu’elle vient de mettre l’enfant au sein pour la première fois… Elle se plaint aussi que son lait est jaune et n’est donc pas bon… Elle a bien sûr accouché à la maison.

Nous rentrons sur Lokoti par les petits chemins de brousse et les deux garçons me disent qu’ils sont consternés car les femmes n’ont rien compris à mes explications sur le lait maternel. Nous parlons de l’éducation des filles et du nombre d’enfants dans les foyers, des habitudes foulbées et des médecines traditionnelles… Les enfants sont vraiment intéressants et curieux dans ce pays!

Je retrouve Pascal dans la soirée et nous peaufinons l’organisation de la soirée de dimanche. Aliyou et Liman passent me saluer au retour et me font de jolis compliments en disant qu’ils sont reconnaissants à la communauté Camerounaise et Internationale de les soutenir avec l’aide alimentaire et matérielle mais que ma visite est un des plus beaux cadeaux que les nassara leur ont fait. Je suis moi totalement sous le charme de leur hospitalité et de leur gentillesse. La culture Vohabé est surprenante entre le contraste de ses femmes-enfants soumises qui dansent à 14 ans avec leurs premiers bébés dans le dos et la douceur apparente de ses hommes intelligents qui s’entraident pour construire et cultiver, qui laissent une nassara entrer et filmer dans leurs maisons leurs femmes et leurs enfants… Je me sens bien seule ce soir dans ma grande maison sans les enfants et les chants des femmes le soir!

Samedi 03/04

Pascal arrive vers 8h et nous préparons de suite les affiches pour la soirée du lendemain. Je passe ensuite chez Ramatou à 9h sur les conseils de Pascal, mais elle est malade et ne peut pas m’accompagner acheter le bœuf. Je chemine vers le marché en prenant des photos et croise mon petit Amadou et Dankaïa sur sa moto. Ils vont faire le tour du marché… Nous négocions avec Daoudou, pour le match de foot de l’après-midi, un moyen de refroidir la bière et surtout comment récupérer les clefs de la salle communautaire en l’absence du Lamido que nous avons croisé la veille sur la route lors de son départ pour une cérémonie traditionnelle. Je prépare le fond de caisse, les coupons pour le service boisson et fais de la pub dans le village. Je retrouve Liman et les gens de Gazy vers le CSI et le marché, tous me saluent chaleureusement et la maman de Liman me fait porter des haricots supplémentaires… Je rencontre le vieux qui connaît l’histoire de Lokoti et il m’explique qu’il a fui sa case en ruine pour retourner vers le haut du village chez ceux qui le nourrissaient avant. Je rencontre aussi Julia à qui je parle de cette nouvelle, elle me précise que la famille en question est une femme de 50 ans qui se débrouille seule pour nourrir son mari handicapé et le vieux qu’elle héberge en plus maintenant. Toutefois leur ration de farine reste assurée et ça soulagera la femme généreuse… Dans l’après midi, je croise deux jeunes adolescents avec qui je plaisante souvent dans le village, Ousséni et Janvier, je les invite à prendre un verre d’eau fraîche et à discuter. Ils me parlent de leur manque de perspective au village, de leur soucis, de leur mère tchadienne vivant à N’Djamena et du papa avec deux autres co-épouses ici et des13 enfants à envoyer à l’école, de leurs rêves d’épouser des femmes blanches comme Deby l’américaine de Garoua Boulaï et de partir en Amérique. Ils me disent aussi que Gisèle la responsable de la pharmacie du CSI refuse de vendre les préservatifs aux élèves parce qu’ils sont trop jeunes et qu’ils sont donc obligés de trouver des ruses pour s’en procurer. Je parle de ce problème à Pascal qui va sonder diplomatiquement la situation au CSI…Vers 17h30, Aminou, mon petit compagnon de route foulbé de la veille vient me tenir compagnie pendant que je tente de faire des crêpes avec les poêles chinoises histoire de voir si ce sera vendable pour la soirée. Nous voyons la chorale protestante revenir en grande pompe de Meiganga et lancer la fête de Pâques dans tout le quartier… Il est 2h30 du matin, les gens vont poursuivre les chants et les danses jusqu’au petit matin… Pâques est une véritable célébration ici.

Dimanche 04/04

Nous faisons un rapide aller retour en moto vers Meidougou et Meiganga pour trouver du boeuf que je n’ai pas acheté car il était à 1700cfa/kg et qu’il ne restait que de la langue… Je ne trouve pas mieux que 1900cfa le Kg sur Meidougou et même Meiganga, nous rentrons donc avec 2,5kg pour faire 120 brochettes.

Aminou est là à notre retour et prend activement part dans la préparation des brochettes, il nous aide toute la journée et jusqu’à 3heure le matin… Pascal me dépose à la chefferie et rejoint les équipes pour le match de foot prévu pour animer. Je suis un peu agacée par cette nouvelle convocation à une réunion de femmes sans préavis de mon côté. Une cinquantaine de femmes se sont déplacées! Après avoir fait part de mon agacement au Lamido, et expliquer mon souci de ne pas pouvoir respecter mon engagement pour le match de foot (pas pu me retenir en pensant que j’avais promis aux jeunes d’aller jouer au foot avec euxà 16h!), celui-ci me répond qu’il est désolé mais que la parole de l’homme africain ne vaut rien, je proteste énergiquement mais il maintient son affirmation avec le sourire et je me lance à nouveau dans un exposé d’arguments en faveur de l’implication des femmes dans l’association et leur contribution pour la participation à la collecte de fonds… Les femmes baya sont toujours partantes mais je sens qu’il est nécessaire de refaire un travail de sensibilisation et d’explication du travail de l’association. La première femme de Daoudou m’assiste pour la traduction et motive les femmes à fixer un rendez-vous pour le jeudi prochain à 15heures… On avance doucement, mais la petite victoire du jour c’est qu’elles ont mieux compris qui sont l’AFLCL et l’ACLCL.

Je file au match de foot grâce à Dankaïa et sa moto que je croise devant la chefferie. Je prends part aux premières minutes du match sur la ligne de défense et après avoir pris un ballon dans les côtes dont il me reste encore des ecchymoses deux jours après, je m’esquive discrètement pour laisser jouer les «pros»… L’équipe des vieux de Daoudou remporte la victoire de justesse car une crevaison de ballon a failli mettre un terme à la rencontre vers la mi-temps! Pascal et Aminou, toujours fidèle au poste, braisent les brochettes pendant que je prépare le piment puis nous filons à la salle communautaire où nous attendent déjà une sacrée troupe de jeunes…. J’ai un peu honte d’embaucher ainsi un enfant de 14 ans, mais les jeunes garçons sont déjà très libres à cet âge là ici et ça ne pose aucun problème de déposer Aminou au petit matin devant chez lui. La soirée se déroule plutôt bien malgré mon malaise de laisser à la porte tous les jeunes qui ne peuvent pas payer l’entrée. Les hommes de l’ACLCL avaient suggéré une entrée globale de 1000cfa avec brochette et conso incluses… Je n’ai pas pris de position sur l’organisation, j’ai laissé faire, voir les initiatives…

J’ai uniquement pris la liberté de m’habiller à la française, en jean et petit haut en basin avec dos nu, pour donner un peu de ton à la soirée et faire danser les troupes. Nous rentrons à 3h30 avec 7 casiers vendu sur 10, c’est plutôt bien et j’ai dû m’expliquer de nombreuses fois sur les associations, communication oblige…

L’équipe de Première Urgence avec qui je suis souvent en contact s’excuse de son absence et nous renvoie l’invitation à Bertoua…

Objectifs Semaine 4

  • diner discussions avec les hommes de Gazy, pour analyse de ma journée d’observation
  • Rencontre avec Dr Saa Fotso pour programmation des formations
  • Rappeler Dr Assouguena et Dr Balla Conde
  • Programmation de la première intervention d’Allison à Lokoti
  • Poursuite du travail de structuration de la cellule féminine de l’ACLCL et de la gestion très politique des dons de l’AFLCL!
  • Poursuite du travail sur l’eau et finalisation du rapport
  • Rencontre avec les communautés réfugiées de la «Carrière» et journée d’observation avec une dame baya
  • Visite de Laka Petel?!
reports/cruells/semaine_3.txt · Dernière modification: 2010/09/24 13:40 par xdegaye
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