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Compte Rendu Semaine 2 à Lokoti

Lundi 22/03

Départ pour Meiganga le matin. En arrivant près de l’hôtel nous remarquons un véhicule de Première Urgence. Il est 8h30, j’en profite donc pour décrocher le téléphone et appeler Sandrine Chapeleau la responsable de l’ONG. Elle m’explique qu’une de ses équipes est en prospection sur Meiganga pour établir une nouvelle base car ils sont régulièrement dans le district pour leurs activités. Une deuxième équipe est en route pour une campagne de sensibilisation préventive sur le secteur et ils devraient arriver sur Lokoti mercredi, elle les informera de ma présence et nous aurons donc l’occasion de parler un peu de leur travail.

Nous avons également rencontré Dr Saa Fotso pour prendre RDV et lui remettre le petit texte de samedi destiné au responsable de la communication de la Préfecture, ce n’était pas un journaliste en fait. Nous prévoyons la prochaine rencontre le mercredi 31, il ne sera pas libre avant.

Nous sommes ensuite passés à la Mairie/Préfecture mais le maire étant absent j’ai remis une de mes fameuses cartes de visite à sa secrétaire.

Après un passage de 2h30 au cyber nous avons fait quelques courses: soudure pour notre bidon d’incinération à ordures, devis menuisier, tentative de copies des K7 de la cérémonie sur CD, d’ailleurs impossible sans câble de connexion USB ou Carte mémoire suffisante. Nous enverrons donc les exemplaires aux Dr Saa Fotso et Hamadiko plus tard depuis la France. Retour sur Lokoti, dans l’après-midi; nous trouvons dans un village le long de la route, un très joli tabouret en vannerie (1000cfa) pour que Nicole puisse faire la vaisselle sans être cassée en deux.

Découverte dans la journée du «lait», yaourt onctueux et sucré, délicieux que l’on boit dans les bars «laitiers» que je n’ai jamais vu dans les pays du Sahel, et des beignets de riz, qui ressemblent à une sorte de pancakes. Le soir nous achetons un morceau de «viande de brousse», une sorte de daim ou de biche qui sent fort et dont la chair est foncée, on va la préparer dans la semaine avec Nicole…

Mardi 23/03

Après le passage de Pascal pour le traditionnel thé du matin et son départ pour le champ, Lazare l’infirmier passe me chercher en catastrophe car toute l’équipe et le Lamido sont en train de faire l’inventaire des cartons donnés pour l’association. Les cartons sont listés et après insistance de ma part il est décidé qu’ils seront stockés chez le commissaire aux comptes, le temps que le projet de répartition soit bien défini, plutôt que de les donner aux membres présents pour être redistribués selon des critères flous. On reparle d’une petite vente au profit de l’association et de l’ouverture d’une bibliothèque. Je me fâche un peu en apprenant que toutes les cannes qui ont été données ont disparu, prises d’autorité par des vieux du village contre l’avis de Daoudou mais qui ne peut que difficilement s’y opposer. Je me permets de dire devant tous que ce qui a été donné au CSI est nécessaire et géré par le CSI, que ce ne sont pas des donations privées. Je leur dis aussi que je ne suis pas là pour donner des ordres mais que je me permets d’être simple porte parole des vœux formulés par l’Association Française. Je suggère que dans l’intérêt de la relation de confiance entre les donateurs et les bénéficiaires, il est important que le matériel fourni au Centre soit respecté, entretenu et géré avec pertinence, il en va de même pour les dons fait à l’ACLCL. Je réitère l’idée qu’une distribution du linge selon des critères plus ou moins partiaux (ceux qui ont le plus financé la journée de samedi reçoivent le plus de cartons) ne me semble guère profitable à l’association. Le Lamido décide d’attendre le retour de Pascal pour résoudre le problème, j’en profite également pour rappeler que la dernière réunion s’est tenue en l’absence du Président lui-même et que les autres membres de l’association étant là il n’est pas nécessaire d’attendre Pascal pour prendre une décision. J’ajoute qu’il ne faudrait pas que ceux qui se sont déjà beaucoup investis s’épuisent, il convient donc à chacun de remplir le rôle pour lequel il s’est engagé dans l’association et de ménager les bonnes volontés, d’impliquer tous les membres de la communauté et pas seulement de l’association. Le Lamido fronce un peu les sourcils, mais il s’engage à ce que toutes les cannes soient ramenées au Centre; les cartons sont transférés chez le commissaire aux comptes en attendant la prochaine réunion, semaine 3, car plusieurs membres importants seront tout de même absents cette semaine.

Je poursuis la matinée avec Daoudou et l’équipe du CSI pour l’ouverture d’un bureau de consultation autre que celui de Daoudou, maintenant qu’ils ont la place, la réflexion sur l’organisation du futur bloc opératoire et du bureau médical, sur le stockage du matériel et des farines du Pam dans une chambre non utilisée. Nous faisons aussi le point sur les souhaits en matière de prévention pour la population et Daoudou n’est pas contre l’intervention d’Allison la Peace Corps qui travaille sur les mêmes thèmes principaux qu’eux. Il pense que les messages véhiculés par les «nassara» (blancs) sont souvent plus attentivement écoutés et reçus par la population. Je vais donc essayer de travailler dans ce sens avec Allison selon votre approbation.

Nous avons reparlé de la gestion des déchets et des fèces et urines, de leurs souhaits en terme de formation professionnelle, je vous transmets un petit rapport en annexe. Je débute un listing des besoins qui me semblent encore importants et des problématiques rencontrées par le personnel dans leur travail quotidien.

Dans le cadre de l’installation du Poupinel, si vous avez un petit protocole sur l’utilisation, les temps de «cuisson», les températures, je suis preneuse car je n’ai plus utilisé le Poupinel depuis 5 ans et je n’ai pas tout en tête! Nous refaisons le point aussi sur le problème récurrent de l’approvisionnement en eau, sur le CSI lui-même et sur tout le village. Je vais développer plus profondément dans le rapport sur «l’eau».

En sortant, je discute avec l’équipe de ré imprégnation des moustiquaires, ils sont sur une campagne gratuite d’une semaine. 102 sachets ( Iconet de la marque Syngenta) ont été donnés au CSI par le district, mais l’approvisionnement est insuffisant et la distribution aléatoire.

L’après-midi, je poursuis l’informatisation de mes rapports en retard et pars rendre compte de mes activités et projets à venir au Lamido. Il m’indique où trouver les femmes du RDPC et je pars avec Adamou, le chauffeur bénévole, rendre visite à la Présidente: Delphine puis à Khadidja, vice- présidente. Il est décidé qu’un regroupement des femmes se tiendra dimanche après la messe, pour discuter des idées pour les collectes de fond, le nom de la Maison des volontaires et bien sur des dons fait à ACLCL; je serai invitée à être parmi elles bien sûr. Je demande aussi à être en contact avec des femmes Foulbé afin que les deux communautés soient représentées. Adamou me promet de passer voir leur représentant demain après avoir puisé l’eau. Pascal passe dans la soirée prendre les nouvelles de la journée.

Mercredi 24/03

Pas d’Adamou (chauffeur bénévole) ce matin, nous quittons la Maison avec Nicole, direction la pompe. 1h15 plus tard et le souffle encore court, je laisse Nicole à la maison et je prends la route du CSI. Je tente d’allumer l’ordinateur en vain, le système de démarrage ne se lance pas. Je décide de passer au lycée pour voir s’il a le même problème. Le lycée est désert, les élèves commencent officiellement les congés le vendredi, mais tout le monde a anticipé. Je n’avancerai donc pas de suite sur ce volet plus avant le 12 avril, rentrée des classes. A mon retour je trouve les deux équipes de Première Urgence au CSI, un logisticien et un administrateur en prospection pour l’implantation de l’ONG à Meiganga et l’équipe de sensibilisation/supervision terrain. Ils ont été prévenus par Sandrine de ma présence et ils m’accordent gentiment 2 heures de leur temps. Ils ont fait le point sur les trois pompes en activité installées par leurs soins sur Gazy, le Centre de santé et la pompe d’état réhabilitée près du lycée. Leur constat est rapide: la pompe de Gazy est parfaitement entretenue et les fonds collectés s’élèvent déjà à plus de 30000cfa. Pour les pompe de Lokoti centre la recette ne dépasse pas 9000cfa et l’entretien est limite de même que l’état de propreté des sites. Le cahier de suivi est mal utilisé.

Ils travaillent par mandat d’une année, financé à 100% par l’UNHCR.

Après leur départ je file rejoindre Julia, la femme de Issa, fille du défunt Lamido. Elle me montre la deuxième moitié du village que je n’avais pas encore vu. Elle m’explique l’usage de chaque plante que nous voyons sur la route et me montre les autres sources de l’autre côté de la route. Les femmes de ces quartiers vont chercher l’eau de boisson dans la dernière source sur le côté du village que je connais déjà, leur eau de douche dans une petite cuvette à 400m de leur côté du village et enfin elles lavent leur linge de leur côté, dans un troisième site avec des rochers, plus éloigné encore. Elle m’explique aussi que les Baya n’aime pas enterrer leurs morts dans les cimetières car leur âme se transfère dans un animal qui viendra tourmenter la famille. Les corps sont inhumés dans les concessions. Le petit cimetière chrétien près de l’Eglise est donc à l’abandon. Le cimetière Foulbé toujours de ce côté du village, (côté CSI et côté opposé à la Maison) est lui au contraire très bien entretenu, propre avec des petites tombes matérialisées par un tas de terre qui disparaît peu à peu discrètement. Nous passons aussi devant un petit tas de pierres, à un croisement, recouvert par un tas équivalent de brindilles et de branchages. Julia m’explique que c’est la tombe d’enfants mort- nés ou qui sont décédés dans les premiers jours de vie. Ils sont dans ce cas non pas enterrés dans la concession mais à la croisée de chemins. Il faut donc déposer une brindille sur la tombe avant de poursuivre son chemin pour ne pas avoir de problème. Il s’agit en l’occurrence de deux jumeaux décédés au cours de l’accouchement 4 jours plus tôt. La mère en deuil est en train de cultiver un bout de jardin un peu plus loin et nous la saluons en passant. Nous remontons par le très joli quartier foulbé ou se situe l’abattoir, placette propre, couverte et la boulangerie de Lokoti. Julia me montre aussi l’ancienne concession de son papa et la tombe de celui-ci modestement bétonnée sous un beau manguier. La concession est à l’abandon, seul une des maisonnettes a été rénovée par l’équipe des Hommes du BIR: militaires-gendarmes-policiers-miliciens qui surveillent la localité. Elle me dit avec regret que elle est son mari n’ont pas les moyens d’entretenir la concession alors elle a été abandonnée et les hommes du BIR ont été autorisés à y rester gratuitement par le Lamido actuel. Je lui demande pourquoi les familles ne restent pas dans les concessions de leurs parents, elle répond seulement que la concession d’un vieux qui décède n’est pas entretenue le plus souvent. Au contraire les tôles des toits sont récupérées pour couvrir les nouvelles constructions. Les maisons en terre battue se désintègrent rapidement sous la pluie. C’est à chacun de bâtir sa propre maison d’habitation finalement. Le village de Lokoti est vaste et j’ai pu recenser jusqu’à présent 5 points d’aire de lessive, 1 point uniquement pour la douche et 6 points d’eau de source pour la boisson, en plus du Forage du CSI et du Forage du lycée. Une énième fois, Julia me dit, que pour elle aussi, la grande difficulté c’est l’éloignement et le dénivelé pour atteindre ces points d’eau par rapport à sa maison. Je la laisse devant chez elle fatiguée en fin d’après-midi.

Au long de la visite j’ai pu prendre en photo un vieil homme en train de construire une case en terre, les femmes en train de piler le mais pour utiliser sa farine en coucous, les petites fulbé à la pompe ou à la lessive, la récoltes de petites graines d’herbe, une préparation de champignons, et les fours de la boulangerie avec Julia.

Pascal passe terminer la douche dans la soirée puis rentre rapidement dormir, épuisé par le travail au champs.

Jeudi 25/03

Passage au CSI ce matin pour discuter avec Silas sur son point de vue quand aux questions de prévention, formation, besoin du CSI… Il me parle de son expérience précédente dans un centre médical chrétien, de l’organisation du travail et du matériel à leur disposition. Par comparaison, il semble que le CSI de Lokoti soit malgré les derniers dons, moins équipé que son ancien centre. Il manque encore, à son avis, du matériel et aussi une qualité dans les soins ou l’organisation. Il pense nécessaire que des recyclages soient fait pour le personnel.

En redescendant vers 13h, Adamou me présente Monsieur Gabon, un des conseiller de l’ACLCL. On convient d’une rencontre avec les femmes Foulbé de sa concession vers 15h30, pour échanger sur l’idée de la collaboration des femmes. Il me dit qu’il n’y aura pas de problème de traduction si je viens seule car certaines de ses filles fréquentent le lycée.

A mon arrivée, les femmes se réunissent peu à peu mais c’est une voisine Baya qui vient à nouveau m’aider pour la traduction, l’accueil est beaucoup plus réservé que lors de mes rencontres avec les dames du RDPC. Après de longs monologues sur l’importance de leur collaboration, la doyenne accepte l’idée mais la problématique de l’omnipotence masculine reste très forte et les initiatives possibles semblent restreintes. Je suggère la vente de vannerie, savoir faire typiquement Foulbé, et compte tenu du faible poids et encombrement je pense possible de pouvoir en ramener suffisamment pour une mini vente au profit de l’ACLCL ou pour l’exposition de Mauléon. Dans la pièce où nous discutons j’ai pu observer une petite boite en forme d’étoile de David colorée, un cadre de photo, un petit sommier d’enfant toujours très coloré, des sous-plats ronds dans des couleurs blanc paille, vert, rose et bleu. Je leur fais remarquer qu’elles font aussi de nombreux bijoux en perles qui me semblent aussi avoir de l’intérêt. Apparemment aucun de ces objets n’est estimé en prix et donc commercialisé dans le village, les femmes les fabriquent seulement pour leur foyers. La traductrice baya, Thérèse m’annonce qu’elle ne fait pas partie du groupe de femmes RDPC mais qu’ils ont une autre association structurée depuis 8ans, mixte avec des hommes et des femmes, des bayas et quelques foulbés: l’association des fonctionnaires et villageois de Lokoti. Ils soutiennent les petites initiatives de leurs membres par des prêts à faible intérêt et c’est un fond de solidarité en cas de décès, naissances, mariages etc. Leur réunion a aussi lieu le dimanche vers 15h chez Halidou, Aide Soignant au CSI. Je lui promets d’essayer de passer dimanche si j’ai le temps, sinon le dimanche suivant.

Je vois sur le chemin du retour une jeune fille qui traverse la route de droite à gauche avec des bassines pleines, alors que les sources sont sur la droite et que la direction habituelle des femmes est plutôt de gauche vers la droite! Intriguée je la suis et lui demande dans sa cour où elle est allée puiser l’eau, par ailleurs brunâtre. Le vieux de la maison me dit que cela vient du puits indigène d’en face, je n’ai encore jamais entendu parlé des puits de Lokoti… L’homme se propose et m’accompagne juste en face de sa concession, de l’autre côté de la route, chez son voisin. Il découvre un trou fermé par un amas de tôles et je constate effectivement un puits traditionnel assez profond avec un système de corde. J’ai vu des trous semblables non protégés la veille vers l’abattoir, lors de la visite avec Julia mais ils semblaient tous à l’abandon. Le vieux baya me confirme qu’il y a quand même beaucoup de puits similaires dans les concessions, notamment chez les Foulbés.

Je passe chez Issa et Julia sur mon chemin, saluer la famille et prendre des nouvelles de Julia. Il est 18h mais elle n’est pas encore rentrée du champ où elle est partie depuis le matin. Issa me montre alors son champ clôturé à lui, d’ignames blancs, derrière la maison. Dans la conversation, il finit par me parler de ses problèmes d’agriculture de l’an passé: son champ à l’extérieur du village a été dévasté en pleine saison de récolte par le troupeau de boeufs du Lamido. Julia arrive vers 19h00 à la tombée de la nuit, encore jaunie par la poussière de sa journée de travail, et commence par baigner son bébé…

A mon retour devant la maison j’ai droit à un petit cours de baya improvisé par le gardien et les voisines. Elles veulent que je stocke leurs achats de viande de brousse dans mon petit frigo mais quand je vois l’énorme lièvre et la biche en deux morceaux je m’excuse car le frigo est trop petit. Elles sautent sur l’occasion pour enfin rentrer dans la Maison et constater mes dires. Maison que je ne laisse pas facilement pénétrer afin de pouvoir conserver la tranquillité de travail. Elles sont heureuses de faire le tour et constatent avec un petit désappointement que l’intérieur est très sobre pour une maison de «nassara». A son tour arrive un des jeunes du BIR, qui trouve toujours une excuse pour venir se plaindre depuis 2 jours. Il m’avait dit qu’il viendrait se faire soigner jusqu’à la Maison s’il fallait et j’avais répondu en plaisantant qu’il n’y a pas de problèmes, vu que je ne suis qu’une infirmière qui ne soigne pas! Une fois de plus je suis un peu obligée d’ouvrir ma porte devant le fait accompli. Il m’explique son travail en brousse, leur investigation pour démanteler les réseaux très organisés de Coupeurs de route et leur rythme de vie de mutation mensuelle en mutation mensuelle afin qu’ils ne soient pas facilement repérables par les réseaux. Il me parle de leur formation via une coopération Israélo/camerounaise apparemment, très rude, d’une année, avec un test d’intégration de 500km à pied en autarcie pendant 10jours à raison de 65km/jour minimum. Le BIR est une unité assez récente de sécurisation du territoire et ils sont nombreux sur l’axe Tchad/ Yaoundé… J’arrive à le mettre à la porte vers 21h sans avoir lâché mon numéro de téléphone, victoire!

Vendredi 26/03

Départ pour la fontaine à 7H45 avec Adamou. C’est la première fois que je le vois conduire et c’est l’occasion de l’évaluer un peu. Je n’ai rien à redire sur le court trajet effectué, c’est même plutôt très bien. Par ailleurs Silas m’a fait une petite remarque pas si anodine ce matin quand je lui ai dit que l’on pouvait déférer l’enfant malnutri dépisté ce jour avec l’ambulance… Il m’a demandé qui conduirait, il ne semblait pas informé que quelqu’un avait été désigné. Il me dit que même s’il y a un chauffeur c’est une famille pauvre qui ne pourra pas le payer, je lui dit que le chauffeur a accepté d’être bénévole. Silas me demande pour combien de temps? Je n’ai pas la réponse, mais la question de Silas me renvoie en effet à mes doutes…

Après avoir pompé mes 100L d’eau sous le regard d’Adamou qui m’aide tout de même à porter les bacs, nous rentrons vers 8h30. J’entame alors un grand lavage des sols de la Maison car avec la poussière d’ici il est difficile de tenir plus de 3 jours. Nicole arrive vers 8h45 et s’assoit sur le petit tabouret en me regardant terminer. Je lui confie le morceau de biche acheté lundi et les derniers champignons en oubliant de lui demander de ne pas terminer le litre d’huile…

Je fonce ensuite vers la sortie sud du village car c’est l’événement du mois: distribution de l’Aide Alimentaire du HCR pour les réfugiés. C’est toujours la Croix Rouge qui coordonne les activités et je rencontre le Dr Takam, référent médical de l’équipe. Il fait son petit tour de supervision puis m’accorde quelques minutes. Il confirme l’exécution des programmes UN, m’informe aussi qu’ils ont leur propres initiatives en matière de formation et prévention, toujours sur les mêmes thèmes: VIH, malnutrition, hygiène… Mais ils font aussi de la formation de secouristes. Il parle d’une fin proche pour l’aide alimentaire aux réfugiés, cette année ou la prochaine. La distribution se fait dans le calme, avec identification informatisée des bénéficiaires et priorité aux femmes avec enfants avant les hommes… Je retrouve sur place Lazare l’infirmier et Roger le laborantin qui sont chargés de la vaccination et de la supervision des causeries de sensibilisation faites par les volontaires Croix Rouge de Lokoti (le Stefanois et Issa). Le thème du mois est la transmission du VIH. Le Dr Takam demande si la causerie a été faite aux deux groupes: celui des hommes et celui des femmes. Lazare reconnaît que les causeries n’ont été faites qu’aux femmes… Le Dr en profite pour me parler de son expérience avec les réfugiés et la culture Peul en particulier. Il insiste beaucoup pour que les hommes soient sensibilisés avant les femmes dans le milieu Peul car malheureusement beaucoup de femmes adhèrent aux sensibilisations mais comme la décision revient au mari, si celui-ci n’est pas lui-même sensibilisé, la femme ne pourra pas suivre les recommandations.

Eugénie nous rejoint et j’en profite pour leur demander quand je peux les rencontrer plus officiellement sur Meiganga. Mais ils ne sont que l’équipe terrain et il est préférable de voir avec Dr Assouguena Marc, coordinateur de leurs activités de santé et du programme d’assistance aux réfugiés dans l’Est Adamaoua. Je ne parviens pas à obtenir un numéro de téléphone mais Dr Saa Fotso le connaissant je passerai par lui. J’apprends qu’ils ont un programme de formation professionnelle et un pour la sensibilisation qui devrait sortir avant la fin avril, à négocier.

Je rejoins le centre de santé pour voir si le petit peul malnutris d’un an, hyperthermique et orphelin de mère est parti en bus ou s’il attend le convoi Croix Rouge. Il partira avec la Croix Rouge. Silas m’apprend que la tante maternelle d’une vingtaine d’année elle-même est partie faire son sac et revient. La mère cachectique serait décédée après plusieurs jours au CSI, de pathologie pulmonaire, les tests rapides étaient en rupture à l’époque… Le très jeune papa semble lui-même plutôt fragile à côté de sa jeune sœur qui nourrit son enfant.

J’ai ensuite RDV avec Julia à 15h pour aller voir le frère de son grand père paternel qui est le fameux vieillard qui connaît toute l’histoire de Lokoti… Le vieillard qui vivotait grâce à la proximité d’un neveu sur le haut du village se retrouve à l’autre bout de la localité. Il n’a pas mangé depuis 3 jours, n’a pas pu payer les médicaments que le CSI a prescrit il y a 15 jours. Il dort sur une natte trouée à même le sol poussiéreux et non entretenu. Il est très affaibli par la faim et des douleurs articulaires. La toiture est en mauvais état et j’imagine mal comment elle supportera les pluies à venir. Je suis profondément bouleversée et choquée par le dénuement de cet homme cultivé. Il n’a qu’un seul fils qui vit loin et ne s’occupe pas de lui. Dans le droit coutumier local il semble qu’en cas de décès d’un Lamido, son parent successeur soit tenu de prendre soin de ses enfants et de la famille proche du défunt. Je demande à Julia s’il y a d’autres vieux dans la même situation dans le village et elle m’apprend qu’ils sont plusieurs sans ressources, ainsi, elle me montre même sur le retour la maison d’une vielle femme décédée seule il y a peu. Je lui reproche un peu de ne pas s’occuper du vieil homme et elle baisse les yeux en me parlant des éternelles difficultés financières. Je lui confie 5000cfa pour qu’elle nourrisse au moins le grand père et son vieux voisin aveugle pendant quelques jours. Je me pose beaucoup de questions sur le devenir de ces vieux et accepte difficilement l’idée que le village les laisse dans des ruines attendre le trépas. Le vieil homme s’est péniblement redressé à notre départ mais il a repris un peu de dignité à l’idée de me compter prochainement toute l’histoire de Lokoti. Je reviendrai avec la caméra s’il reprend des forces, car il parle bien français on m’a dit, je suis complètement retournée par cette rencontre.

Au retour je suis invitée pour la première fois à manger le couscous de maïs avec Abé, une nièce de Daoudou qui est aussi la voisine dont je garde la fameuse viande dans le frigo. On mange le couscous sec avec un peu d’épinard, je suppose que c’est les mêmes difficultés dont Julia me parlait… La veille, Abé a passé 2 heures à piler son maïs car c’est trop cher d’aller au moulin, quand à la viande elle a été entièrement revendue au marché.

Pascal passe dans la soirée. Nous en profitons pour essorer nos morceaux de champignons pleins d’huile et goûter la biche qui a presque un parfum de viande blanche, je suis surprise! Je termine sur un nouveau beignet, une sorte de pâte frite en forme de cercle avec des motifs très jolis, je les ai trouvés à la boulangerie, je les appelle «beignets dentelle». J’avais aussi testé vers midi les feuilles de manioc pilées avec un peu de pâte d’arachide, cuites dans les feuilles de bananiers comme les mains ou les battons… C’est très doux et j’aime aussi!

Je poursuis tant bien que mal le rattrapage de l’informatisation des annexes de la semaine dernière.

Samedi 27/03

J’ai le temps de faire la vaisselle, la lessive et de passer la serpillière avant que Nicole n’arrive finalement après 8h30… Je lui propose donc de me montrer le marché de Lokoti que je ne connais pas encore. Elle me fait faire un petit tour mais tous les étals ne sont pas encore montés… Je trouve de très beaux avocats pour 50cfa pièce et je goûte les mini-mandarines de la taille des tomates cerise, acidulées mais trop mignonnes! Nous rejoignons le centre de Santé et je laisse Nicole à la maison avec ses enfants. Le centre est quasi vide car Silas est en formation, mais je ne sais pas de quoi il s’agit. On devait essayer d’ouvrir l’ordinateur avec Pascal pour voir si on pouvait faire quelque chose, mais les boss étant absents, les clefs ne sont pas accessibles. Je redescends vers mon quartier pour la rencontre «recette» de la semaine. Florence, la femme de l’économe m’avait invité pour la préparation des mains, ces petites boulettes de poisson cuites dans les feuilles. J’essaye de filmer la préparation mais entre la poussière de dehors et la fumée de la cuisine, nous avons la déception de voir que l’on ne voit presque rien sur le film!

Il est 12H45 quand je quitte Florence. Le temps de me renseigner sur le marché aux bœufs j’arrive à la fermeture. C’est purement une affaire d’hommes alors ma présence est un peu décalée. Je fais style de regarder les bêtes de près et rapidement les vendeurs jouent le jeu et se mettent à marchander: prix de départ 500000cfa un jeune taureau. Après un examen du parc où les bœufs déjà vendus sont gardés, le gardien s’approche et il m’explique comment ça marche:

Les vendeurs restent le long de la route et discutent avec les acheteurs entre 10h30 et 13h30, heure de fermeture officielle. Le prix moyen d’un jeune bœuf comme celui que l’on me vendait à 500000cfa est de 350000cfa au final. Il existe deux races, celle à longue corne peu charnue et celle à cornes courtes, typique de l’Adamaoua et qui est sensée être préservée des croisements avec les longues cornes. Une fois les ventes faites, les acheteurs font garder leur nouveau bétail dans le parc en attendant de revenir le lendemain sans faute. Mais le gardien avoue que les bêtes ne sont pas grosses en ce moment car c’est la saison sèche et que la plupart du cheptel est encore en transhumance dans l’Ouest et le Sud. Ils devraient revenir d’ici fin avril…

Je préfère rentrer à pied car les taxis moto ne m’inspirent guère confiance, mais c’est l’occasion de discuter un brin avec eux car ils sont tous réunis au marché en attendant le retour de leurs clients. Je ne me gène pas pour critiquer leur vitesse excessive et la surcharge (3 femmes et 2 enfants plus le chauffeur…) qui font courir de grands risques à tous. Ils rient sans me prendre au sérieux. Les acheteurs eux me regardent un peu suspicieux en me questionnant sur le nombre de bœufs que j’ai payé. Je réponds en riant que j’ai acheté les deux plus gros.

Le soir j’invite Ramatou et Pascal à partager une salade de mangues vertes et au final c’est Pascal qui se charge de la préparer! Après leur départ, l’Adjudant, commissaire aux comptes de l’association passe à son retour de brousse et m’offre un joli lièvre avec des pattes très fines! Je promets de l’inviter pour un lapin à la moutarde dans la semaine.

Dimanche 28/03

Départ pour la pompe avec Pascal à 7h00 puis messe à l’église protestante à 8h. Sauf que 8h c’est la messe des enfants. Je rejoins donc Pascal au centre de santé pour voir l’ordinateur et finalement appeler Christian car on n’y voit pas grand-chose à notre niveau. Je retourne à la messe à 10h30 mais c’est déjà presque fini. J’espère y croiser une ou deux femmes du groupe du RDPC, mais personne…

Je rentre faire la vaisselle et passer le balai car Nicole ne vient jamais le dimanche, je fais mes stocks d’eau bouillie pour la semaine et pars à la recherche des réunions de femmes du dimanche… En passant devant chez Delphine la présidente des femmes du parti je lui demande ce qui a été décidé et elle me dit qu’elle ne sait pas car la personne chargée de coordonner a voyagé. Devant la chefferie je salue le Lamido et il me dit de ne pas m’attarder car les femmes m’attendent et je trouverai beaucoup de fonds là-bas…. Je ne comprends pas ce qu’il veut dire mais en arrivant chez Halidou je retrouve sa première épouse et Gisèle, sa fille, qui s’occupe de la pharmacie du CSI…. Je n’étais pas sûre d’aller chez Halidou mais apparemment tout a bien été préparé… Une fois de plus je vente le mérite d’une entrée d’argent régulière même modeste pour le fonctionnement de l’association et insiste sur l’intervention des femmes dans certaines décisions comme les dons de linge et les livres… Elles sont toujours d’accord sur le principe, mais la recherche d’idées semble plus compliquée… Je les invite à prendre part à la prochaine réunion de l’Association. Par ailleurs elles me confirment qu’il est important que le linge soit vendu plutôt qu’arbitrairement donné et qu’il faut que ce soit une femme qui par exemple gère la vente au CSI pour éviter les tensions et les inégalités. L’idée de la bibliothèque leur semble toujours meilleure qu’une une répartition polémique. Elles se concertent sur leur place dans l’association ou si elles doivent associer leur propre organisation, c’est tout un débat mais elles promettent de me tenir informée de la suite. Je m’engage à leur donner rendez vous pour la prochaine réunion de l’ACLCL.

Je m’arrête dans le bar laitier au retour et fait la connaissance de l’infirmier vétérinaire qui m’explique qu’ils ne servent que des boissons à base le lait en poudre car c’est plus rentable que l’exploitation du lait frais, surtout en saison sèche. Rendement de 8L de lait par Zébu au mieux en pleine saison. Il m’offre un bol de yaourt et rejoint un autre membre du GIC qui gère le bar…

En rentrant je croise Pascal qui m’informe que plusieurs femmes m’attendaient chez l’intendant car elles sont motivées par mes prospections de la semaine! Un peu déçue par ce petit raté d’organisation, je suis quand même regonflée pour le projet.

Eugénie et Dr Assouguena en partance pour une réunion à Bertoua s’arrêtent gentiment pour me saluer devant chez Ramatou. Dr Assouguena me confirme qu’il est très pris mais accepte un entretien par téléphone pour parler de leurs activités. J’ai la chance que beaucoup de personnalités passent par Lokoti ces temps ci!

Informatisation des notes pour la soirée, Pascal est parti pour des funérailles.

Objetifs semaine 3

  • Analyse des possibilités d’alimentation en eau du bas du village avec Pascal, réfection d’une fontaine et des puits.
  • Poursuite du travail avec les femmes pour la mise en place d’une cellule féminine en charge de la collecte des fonds
  • deuxième réunion de l’ACLC
  • Entretien avec Dr Saa Fotso le mercredi 31
  • Analyse des supports de travail d’Allison et planification d’actions de sensibilisation si possible
  • Recueil de l’histoire de Lokoti
  • Journée d’intégration à Gazy Foulbé
  • Entretien téléphonique avec Dr Assouguena
  • Rappeler Dr Balla Conde
reports/cruells/semaine_2.txt · Dernière modification: 2010/09/24 13:39 par xdegaye
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