Traductions de cette page:

Compte rendu de la mission à Lokoti

du 26 janvier au 09 février 2009

Arrivée

Le départ, prévu initialement le 24 janvier 2009, a été reporté au 26 janvier en raison de la tempête qui a sévi sur l’Aquitaine ce week-end là. Je suis parti de Pau à 7h du matin pour arriver à Yaoundé à 19h. Là, je suis accueilli par Yolande, la présidente de l’association Elat Meyong, son frère Marcel et Pascal Hamadou le conjoint d’Esther, une fille de Paul Som du village de Lokoti. J’avais programmé de coucher à l’hôtel à Yaoundé cette nuit là. Avec Yolande et Marcel nous décidâmes de nous voir à Lokoti le mardi en huit pour redescendre sur Bertoua pour préparer une visite du village de Yokadouma.

Journée du 25 janvier 2009 à Yaoundé

Avec Pascal, 26 ans, Mbaya d’origine et dont la famille réside à Lokoti et à Meiganga, qui travaille à Yaoundé comme chauffeur de taxi et de moto taxi, en attendant de finir ses études de droit, nous avons passé la journée à faire des achats : moustiquaires commandées par l’intermédiaire de Samy Godanga, pagnes pour la confection sur Lokoti des nappes et des serviettes que je ramènerai en France pour la revente au profit de l’association.

Départ sur Lokoti le 26 janvier 2009

Nous avions décidé la veille de prendre le train pour rejoindre Lokoti, pour des raisons de confort, de coût et pour faciliter le transport des marchandises. Pascal, le matin même, avait réservé les billets à la gare en première classe pour un coût de 17000 FCFA par place. Mais il a fallu payer des taxes du fait de nos bagages en surcharge, les porteurs, et le contrôleur pour garder nos valises dans notre compartiment. Par contre, les moustiquaires (200) sont parties dans le wagon de queue où l’on entrepose toute sorte de marchandises. Le voyage a été très agréable car nous avions des places assises et de l’espace ce qui n’est pas le cas en deuxième classe. Nous avons profité d’un arrêt dans une gare pour acheter des ananas et des bananes plantain.

Malheureusement le trajet se fait la nuit, ce qui nous empêche d’admirer le paysage. Par contre pas d’arrêt pour panne mécanique et nous sommes arrivé vers 5h du matin à Ngaoundal notre gare d’arrivée où nous avons pris un bus pour rejoindre Lokoti. L’arrivée a été très stressante car il fallait descendre les bagages mais également courir aller chercher les sacs de moustiquaires situés en queue de train. Heureusement que Pascal est jeune et débrouillard ; mais cela a été très juste de voir partir nos moustiquaires sur Ngaoundére. A 170 Km de là, descente du bus à Meidougou ou nous avons pris une voiture taxi pour rejoindre Lokoti qui n’était plus qu’à 17 km. Nous sommes arrivés à Lokoti vers 8h30.

Semaine du 27 janvier au 4 février 2009

  1. A notre arrivée sur le village, le mercredi 27 janvier 2009, nous avons décidé de transférer immédiatement le matériel et les médicaments sur le centre de soins. Malheureusement, Daoudou Mathias et Silas n’étaient pas présents sur le village ce jour là.
  2. L’après-midi repos complet avec une visite de Pascal au couturier du village pour négocier la fabrication des nappes et des serviettes. Nous sommes allés voir la fontaine qui avait été construite avec des financements de ma propre part. Et, à ma grande surprise, nous avons trouvé une construction mal faite avec des fuites tous le long du réservoir, un regard non obturé si ce n’est par une plaque métallique amovible n’obstruant que partiellement le regard. La qualité de la dalle est très douteuse avec un sous dosage en ciment, la profondeur du réservoir est insuffisante, il n’y a pas assez de pierres pour l’entourage du réservoir et l’eau ne sort pas du tuyau de sortie. Pascal m’explique que le village utilise quand même cette eau mais en venant puiser directement dans le regard. Il me propose de refaire cette fontaine avec les techniques classiques car il a déjà fait ce genre de travail avec une ONG à Meiganga et Meidougou.
  3. Le jeudi 28 janvier 2009, nous sommes allés rencontrer, avec Daoudou Mathias, le Lamido par convenance et je lui ai offert un cadeau. L’après-midi, nous avons commencé les consultations avec l’équipe soignante après avoir installé le nouveau microscope offert par l’association française. Cela nous a permis de vérifier qu’il fonctionnait normalement, qu’il n’y avait pas eu de casse lors de ce voyage épique et de s’apercevoir qu’il avait une qualité de définition exceptionnelle. J’ai remis le document sur l’organisation de la pharmacie édité par l’OMS et nous avons discuté de cela avec Mathias et Gisèle, la responsable de la pharmacie.
  4. Le vendredi 29 et le samedi 30 janvier ont été consacrés aux soins à la population avec un monde fou, plus de 60 personnes par jour. La journée du samedi, s’est finie par un accouchement à 23 h et l’équipe voulait absolument que je m’en occupe. L’enfant est né sans problème malgré deux circulaires du cordon autour du cou.
  5. Le dimanche 1er février, repos avec visite à pied de la brousse environnante.
  6. Le lundi 2 février, reprise des consultations avec toujours autant de monde et de maladies graves (cf. cahier de notes). Avant de reprendre mes consultations, je suis passé à l’école primaire pour remettre au directeur des cartes du monde, des affiches et des stylos. Je devais leur amener d’autres fournitures scolaires mais ce n’était pas possible du fait du manque de place dans mes bagages (poids des médicaments et du matériel, 69 kg) J’ai demandé à ce que les enfants fassent des dessins pour l’école de Cheraute.
  7. Le mardi 3 février, même rythme de travail avec toujours autant de monde. Nous avons rencontré un médecin du Croissant Rouge qui amenait des moustiquaires pour le centre de soins. Il a organisé une formation pour des référents de chaque secteur de la circonscription qui eux-mêmes étaient chargés de distribuer les moustiquaires sur leurs secteurs après un enseignement sur leur utilisation. Ces référents sont rémunérés pour leur intervention par le Croissant Rouge. Ce même jour, nous avons également rencontré un salarié d’une autre association qui se nomme 1ère Urgence ; celle-ci doit intervenir sur Lokoti pour l’aménagement du centre de santé. Ils ont construit, derrière le centre de santé des latrines et un incinérateur et projette de restaurer le vieil hôpital en ruine qui jouxte le centre de santé. Ce salarié m’a donné le numéro de téléphone du responsable sur le Cameroun. En fin de soirée, je suis allé faire mes adieux au Lamido. Je l’ai informé de la problématique de la maison d’accueil qui devait se situer sur Lokoti et qui, en fait, est localisée sur Meiganga à 37 Km. Il me propose, en attendant que ce problème soit résolu, de nous prêter une maison qu’il est en train d’aménager sur Lokoti.
  8. Le mercredi 4 février, nous avons décidé de continuer les consultations le matin et de partir sur Bertoua l’après-midi. Pascal est allé récupérer les tissus chez le couturier qui avait confectionné les nappes et les serviettes commandées. Après des adieux chaleureux, nous avons attendu le bus sur le bord de la piste. Vers 16 h, un bus s’arrêta et nous montâmes dedans pour un périple de 70 km de piste dans un état déplorable avec une poussière à faire cracher nos poumons et brûler nos yeux. Nous sommes arrivés à Garoua Boulai, ville frontière avec la République Centre Africaine vers 19 h. Après une pause restauration, nous repartîmes sur la route bitumée confortable jusqu’à Bertoua où nous sommes arrivés vers 1 h du matin.

Le séjour à Bertoua avant le retour

  1. Le jeudi 5 février, repos et visite de la ville de Bertoua. Belle ville de 80 000 habitants avec ses motos qui circulent dans tous les sens et qui vous emmènent là où vous voulez en vous faisant peur à chaque carrefour. Nous avions décidé avec Yolande, la présidente de l’association Elat Meyong qui s’occupe d’un village de l’Est du Cameroun et qui nous accueillait dans sa maison, de partir dès le lendemain matin pour son village qui se nomme Yokadouma, en prenant le bus et de revenir le samedi soir car mon départ était prévu le lundi 9 février au soir et il fallait programmer mon voyage sur Yaoundé pour le dimanche 8 février.
  2. Malheureusement, le vendredi 6 février, au petit matin, en se rendant à la gare de bus, nous nous sommes aperçus qu’il n’y avait plus de place pour nous pour Yokadouma. Après recherche de différentes solutions pour ce voyage nous avons dû annuler notre projet de séjour sur ce village à notre grand regret.
  3. Le samedi 7 février, nous avons été invités par la sœur de Yolande à manger le Mbafou (porc épic). Et grand hasard, les voisins de Solange sont les responsables de Première Urgence , association qui intervient en partenariat avec le HCR sur les secteurs où il y a des réfugiés centre africains. Ils ont eu la gentillesse de nous recevoir malgré leurs occupations et nous avons pu discuter de leurs projets. Ils m’ont confirmé leurs interventions sur Lokoti avec la construction de latrines déjà réalisées et le projet de réaménager le vieil hôpital en ruine situé à côté du centre de santé.
  4. Retour sur Yaoundé le dimanche 8 février dans un bus très confortable avec arrivée à la capitale le soir vers 18h. Je retrouve l’hôtel que j’avais pris à mon arrivée, l’hôtel Fegiff, très sympathique et situé pas loin du centre ville.
  5. Le lendemain 9 février, avant le départ pour la France vers 21h, Pascal me promena en moto dans Yaoundé. Expérience unique, mais le danger est partout dans cette ville. Le panorama de la ville au Palais des congrès est superbe. La visite du marché de la Briqueterie avec ses ruelles de vendeurs de céréales, de légumes, et de quincaillerie est une expérience inoubliable.

Les points forts de ce séjour :

  • La volonté de la communauté de Lokoti de continuer notre partenariat.
  • La collaboration de la famille de Paul Som
  • La collaboration avec le centre de santé et le médecin chef de district
  • La rencontre avec l’association Première Urgence qui va réaménager l’hôpital
  • La dynamique de l’état camerounais dans sa politique de développement de santé en milieu rural
  • La collaboration avec l’association Elat Meyong
  • La rencontre avec le médecin du Croissant Rouge
  • L’implication du chef de village, le Lamido.

Les points faibles de ce séjour :

  • Le peu d’implication des membres de l’association camerounaise
  • La gestion catastrophique de la construction de la fontaine
  • La problématique de l’implantation de la maison d’accueil
  • Le manque de moyens de transports fiables et sécurisés
  • L’organisation du séjour qui présente beaucoup d’aléas
  • La circulation des informations
  • La difficulté de communication verbale

Bilan des soins réalisés sur le centre de santé pendant le séjour :

  • 280 malades ont pu consulter pendant mon séjour
  • Âge moyen des patients est de 36 ans
  • Les consultations débutent le matin à 8h et finissent le soir vers 17h, sans interruption
  • La consultation se déroule en binôme. Soit avec Mathias, le chef de centre, soit avec Silas, l’infirmier car il me faut un interprète. La population ne parlant que Mbaya ou le Fou foulbé. Très peu de personnes parlent le français ou l’anglais.
  • Un accouchement a été réalisé lors de mon séjour
  • L’apport du microscope est une grande avancée dans la possibilité du diagnostic parasitologique. Les différents tests réalisés pendant le séjour ont montré la grande qualité de cet appareil
  • Une moyenne de 5 diagnostics de SIDA a été réalisée par jour
  • Grace à la microbiologie nous avons pu réaliser des diagnostics plus fiables de paludisme et de parasitoses intestinales
  • La distribution des moustiquaires apportées lors de notre voyage est un complément de celles qui sont distribuées pas le Ministère de la Santé et le Croissant Rouge car les critères de distribution de celles-ci ne ciblent qu’une partie de la population fragile. Nous avons décidé avec l’équipe de soins du centre de santé de distribuer prioritairement ces moustiquaires aux femmes et aux enfants qui ne rentraient pas dans le cadre juridique établi

    Pathologies diagnostiquées :
    • Gangrène gazeuse
    • Tuberculose
    • Rhumatismes
    • Pyosalpynx et infections génitales avec IST
    • Paludisme : une moyenne de 20 par jour
    • SIDA : une moyenne de 5 par jour
    • Amibiase
    • Anémies
    • Hypertension et insuffisance cardiaque
    • Hémorroïdes
    • Stérilité
    • Cécité par Trachome
    • Grossesses
    • Ostéomyélite
    • Syphilis
    • Infections cutanées
    • Reflux gastro-œsophagien et gastrites
    • Infections dentaires
    • Troubles visuels divers
    • Infirmité Motrice Cérébrale
    • Asthme
    • Dermatoses allergiques
    • Sciatiques
    • Insuffisances cardiaques
    • Alcoolisme
    • Malformations cardiaques
    • Bronchites
    • Pneumopathies
    • Ascite avec insuffisance hépatocellulaire
    • Arthroses divers
    • Zona
    • Hernies
    • Lithiase vésiculaire
    • Neuropathies
    • Otites
    • Dénutrition


Merci à toute l’équipe du centre de santé intégré de Lokoti pour leur dévouement et leur gentillesse.

Cf. photo ci-dessous de droite à gauche, l’équipe du centre de soins de Lokoti :
Mathias Daoudou Maïna (chef du centre de santé), Silas Tessou (infirmier), Souleymanou Aldou (aide soignant), Meiganga Bello (COSA, assis), Ndouka Halidou (aide soignant), Ndao Gisèle (commis de la pharmacie), Amila Jean (gardien)

lokoti_soins.jpg

news/voyage_janvier_2009.txt · Dernière modification: 2009/04/12 23:51 par cdegaye
CC Attribution-Noncommercial-Share Alike 3.0 Unported
Driven by DokuWiki Recent changes RSS feed