Traductions de cette page:

Journal de bord du voyage à Lokoti du 30 novembre au 12 décembre 2007

Arrivée

Après un retard de 48h, je suis arrivé le vendredi 30 novembre, par Cameroon Air Line suite à une étape à Douala où nous avons couché à l’hôtel Cristal.

Départ sur Lokoti

Repos, le vendredi soir à Garoua, chez Samy.
Départ le samedi matin à 9h vers Lokoti, dans une voiture japonaise de location, après avoir fait les courses et le change.
La route est longue et débute par une portion goudronnée entre Garoua et N’Gaoundéré, longue d’environ 200 kilomètre. Nous avons fait un arrêt pour dire bonjour aux babouins qui se sont échappés lorsqu’un camion a éclaté un de ses pneus.
La piste commence à partir de N’Gaoundéré jusqu’à Lokoti pendant 190 Km, soit 6 heures de route. Elle est dans un état déplorable suite à la saison des pluies. Enfin, arrivée à Lokoti vers 17 heures où l’accueil est toujours aussi chaleureux ; avec Paul, le chef de famille de 64 ans et ses enfants, ses femmes et ses petits enfants.

La semaine à Lokoti

Le dimanche, nous sommes allés à l’église protestante luthérienne du village avec une partie de la famille de Soum Paul. Le pasteur nous a accueillis avec empathie. La cérémonie a duré plus de 2h et le pasteur a tenu absolument à ce que je fasse une intervention. L’église était comble et les chants religieux africains ont animé la cérémonie.

L’après-midi a été occupé à la désinfection totale de la gale dans la concession de Paul. Car, la plupart des couples et leurs enfants étaient atteints. Avec Matthias, le chef du centre de santé de Lokoti, nous avons commencé à traiter les enfants en leur appliquant de l’Ascabiol avec l’aide d’un pinceau.
Auparavant, le matin, j’avais demandé à Samy d’organiser un grand nettoyage des pièces et le lavage complet du linge à l’eau bouillie. Les enfants ont défilé devant leurs parents pour leur montrer comment on pouvait appliquer ce produit. Ensuite, les adultes se sont traités isolément.

Lors des différentes discussions avec diverses personnes, nous avons abordé le problème de l’eau. Les gens connaissaient une source naturelle, inépuisable et qui se déverse dans un petit marigot. L’eau a été analysée et elle est potable. La communauté de Paul a décidé de nettoyer l’accès de cette source pour pouvoir juger de la faisabilité de l’exploitation de cette source.

Les consultations

Le lundi, début des consultations au dispensaire. Il y avait une nouvelle recrue ; un jeune infirmer, nommé Sillas, tout juste sorti de l’école d’infirmier et nommé à Lokoti depuis 3 mois. Nous avons consulté une quarantaine de personnes, sans interruption jusqu’à 17 h. et en remettant au lendemain le surplus.

Les gens arrivaient spontanément et étaient pris en charge par un aide soignant qui lui remettait un carnet, en fait la moitié d’un cahier de classe. Ensuite, ce même aide soignant enregistrait le poids, la température et parfois la tension. Toutes ces données étaient enregistrées sur ce fameux cahier. Nous recevions les patients par ordre d’arrivée.
Lorsque le cas était trop grave, nous le placions dans une salle « d’hospitalisation » pour mise en observation.
Il y avait, également un aide soignant qui était formé à l’analyse parasitologique des selles, de la goutte épaisse, à l’analyse d’urines et au dépistage rapide du SIDA.

Lors de mes consultations, j’étais aidé par Sillas qui répertoriait tous les diagnostics et les traitements sur un grand cahier, et Matthias qui servait d’interprète. Nous avons ainsi consulté du lundi au dimanche avec une pause le jeudi pour effectuer une visite de l’aire de santé de Lokoti.
Pendant ces huit jours de consultations, nous avons reçu environ une soixantaine de personnes par jour ; en commençant le matin à 8h et en finissant vers 17h. En période habituelle et en moyenne annuelle, le centre de santé reçoit entre 5 et 10 patients par jour.

Les pathologies les plus diverses ont été vues. Cela allait de la syphilis, au SIDA, à la tuberculose, à la malnutrition mais également à des pathologies psychosomatiques. Les trente kilos de médicaments apportés n’ont pas suffi.

Le centre de santé

Nous sommes allés jusqu’à Beka où il y a un dispensaire tout neuf (2 ans). Cet établissement est en forme de H avec, à l’avant la salle de consultation, le laboratoire, le service de planning familial, une salle de réunion et des toilettes pour le personnel. A l’arrière de ce bâtiment, se trouvent les salles d’observation femmes et hommes, la salle d’accouchement, la maternité et les toilettes pour les patients. Nous apprîmes que l’entrepreneur du forage avait terminé son travail avec pompe et citerne mais que rien ne marchait. Donc pas d’eau pour la structure et pas d’électricité car le groupe électrogène était en panne. L’infirmier en chef nous a fait la visite de ce bâtiment avec gentillesse. Il nous a appris que ce bâtiment a été financé par l’état.

Divers

Mathias possède une moto allouée par l’état camerounais, mais l’entretien et le carburant de celle-ci sont à la charge du chef du centre. Il me dit qu’on lui change ce véhicule tous les 5 ans et que la plupart des centres de santé n’ont plus de moyen de transport, du fait que le responsable de ce véhicule refuse d’entretenir celui-ci à sa charge. Cette moto sert surtout pour les campagnes de vaccination dans les différents villages. Elle peut également servir pour le transport de malades qui doivent être hospitalisés à Meiganga à 35 Km de là. Pour les cas les plus graves, le Lamido prête son véhicule mais la famille doit payer l’essence.
Le personnel paramédical du Centre de santé ne voit que très rarement le médecin du district. Et le malade doit se déplacer à Meiganga.
Au niveau du centre de santé de Lokoti, il n’y a pas d’électricité, pas d’eau courante. Les produits pharmaceutiques sont délivrés par un groupement communautaire intéressant plusieurs aires de santé. Mais ces produits sont souvent en rupture de stock ce qui oblige les patients à aller a Meiganga ou à N’Gaoundéré. Un soir, nous avons été obligés de travailler à la lampe torche car il y avait bien des lampes à pétrole mais pas de pétrole !

Le Lamido nous a reçus le lundi de notre arrivée, avec Mathias, Samy et Jean. Paul. Lors de cette réunion, il est ressorti que la priorité, pour l’association, était la construction d’un hôpital digne de ce nom avec forage d’un puits et groupe électrogène. L’association estime que l’investissement pourrait être effectué par l’association française et que le fonctionnement serait assuré par le paiement des consultations. Il est décidé de faire un devis par un entrepreneur pour le forage, la station de pompage et la construction du bâtiment. Un bâtiment séparé devra être conçu pour accueillir les professionnels missionnés par l’association française. Il est important d’acquérir également un véhicule pour le transport des malades, la réception des professionnels français et le transport de certains produits venant de France. Le Lamido donne gratuitement le terrain pour l’ensemble du projet.

Lors de notre journée sans consultation, en plus du dispensaire de Beka nous avons visité un site possible pour l’implantation du bâtiment. Ce site se trouve derrière le collège. Il y a une forte probabilité qu’il y ait une nappe d’eau souterraine à peu de profondeur. Pendant la semaine, les membres de la famille de Som Paul ont dégagé une source d’eau, non loin de la concession, qui aurait été analysée, il y a 8 mois et serait potable. D’autre part, d’après le terrain, cette source est inépuisable, même pendant la saison sèche. Le chantier a débuté par le nettoyage du chemin, le dégagement de la cuvette et l’élargissement du captage. Il est prévu d’empierrer la zone, de faire un coffrage pour protéger la source avec un lit de charbon et de sable. Un enclos sera prévu pour éviter que les animaux puissent venir souiller l’eau de source.

Une visite de l'école primaire et du collège a été faite pendant le séjour. A l'école primaire de Lokoti, il y a 700 élèves pour 5 instituteurs. On note également un manque flagrant de mobiliers, de fournitures scolaires et de livres. Au collège, il y a 60 élèves par classe avec comme besoin essentiel, un ordinateur.

Nous avons rencontré, avant mon départ, le chef de district qui est un médecin et diplômé de santé publique à Nancy. Le dialogue s’est instauré et a été très productif. Il nous a dit qu’il ne pouvait pas y avoir concurrence entre le centre de santé de l’aire de Lokoti et une autre structure de type privatif. Mas si la nouvelle structure était à but non lucratif, il était prêt à soutenir l’intégration du centre de santé dans la structure associative. De toute manière, il nous a conseillé de monter un projet qui devra être validé par lui-même et par le ministère de la santé. Si nous respectons la règle du non lucratif et les différents protocoles en cours au Cameroun, nous pourrions sans problème, débuter ce projet avant même l’accord ministériel.

Nous avons également rencontré un des entrepreneurs pressentis qui nous a préparé un plan et nous a promis un devis rapide et gratuit. Le délai de construction ne devrait pas excéder trois mois.
La question que nous n’avons pas étudiée, par manque de temps, est la question de l’acheminement du matériel médical et des médicaments. Une étude devra être faite pour budgétisation de ce poste.

news/decembre_2007.txt · Dernière modification: 2008/04/17 00:10 par cdegaye
CC Attribution-Noncommercial-Share Alike 3.0 Unported
Driven by DokuWiki Recent changes RSS feed